Environnement, crise de confiance, abonnements, podcasts et réseaux sociaux contre médias locaux : 5 tendances repérées dans le rapport du Reuters Institute.

Cinq tendances se dégagent en matière de consommation d'information, notamment une confiance envers les médias en berne et un intérêt accru pour les sujets liés à l'environnement.

© Crédits photo : Alice Durand.

5 tendances mondiales de la consommation d’information

Baisse mondiale de la confiance dans les médias, hausse de la consommation de podcasts, fort intérêt pour l’enjeu climatique, augmentation des abonnements en ligne, information locale sur les réseaux sociaux : La Revue des médias vous résume cinq tendances identifiées par le Reuters Institute for the Study of Journalism.

Temps de lecture : 5 min

Comme chaque année, le Reuters Institute for the Study of Journalism de l’université d’Oxford a étudié la consommation d’informations dans le monde. Malgré la pandémie de Covid-19, l’enquête qui sert de bas à ce rapport a pu être réalisée auprès de 80 000 personnes, dans 40 pays. Au-delà du constat d’une explosion de la consommation d’information lors du début de la crise sanitaire, cinq tendances se dégagent de cette étude.

1. La baisse de la confiance dans les médias est mondiale et se poursuit

Cette année, seules 38 % des personnes interrogées déclarent faire confiance aux médias la plupart du temps : une baisse de quatre points par rapport à 2019. Seuls six pays ont des niveaux de confiance supérieurs à 50 %, dont la Finlande et le Portugal (56 %), pays où la confiance dans les médias est la plus forte. C’est en Corée du Sud que ce chiffre est le plus faible (21 %). La France n’en est pas très loin avec 23 %. La plus grande chute de confiance (-16 points) concerne Hong Kong (30 %) et s’explique, selon le rapport, par le projet de loi d’extradition et les violentes manifestations qui s’ensuivirent. Dans l’ensemble, les médias de service public restent les marques jugées les plus fiables, notamment en Europe du Nord où ils bénéficient d’une forte tradition d’indépendance.

Le rapport relève que, dans les pays les plus polarisés, les préférences partisanes des citoyens déterminent largement la représentation des responsabilités en matière de désinformation (l’opposition de gauche à Donald Trump ou à Boris Johnson incrimine prioritairement les responsables politiques, quand leurs soutiens de droite accusent davantage les médias que les autres).

L’enquête indique enfin que le niveau de confiance est temporairement remonté au début de la crise de la Covid-19, alors qu’une large incompréhension régnait.

2. Le dérèglement climatique est une préoccupation importante pour la population

Pour la première fois, le Reuters Institute s’est intéressé à la façon dont les gens s’informent sur l’urgence climatique et au jugement qu’ils portent sur sa couverture médiatique. Selon le rapport, 69 % des personnes interrogées jugent que c’est un problème grave qui mérite d’être abordé par les médias. La France se situe un peu en deçà de la moyenne mondiale, avec 63 %. Ce chiffre monte à 90 % au Chili et au Kenya, pays particulièrement touchés par les conséquences du dérèglement climatique. Cet intérêt est le plus faible (41 %) aux Pays-Bas.

Le rapport indique que les plus de 35 ans privilégient fortement la télévision pour s’informer sur ce sujet. À l’inverse, les jeunes (18-24 ans) s’informent davantage en ligne sur ces questions notamment via les réseaux sociaux (Facebook, YouTube et Instagram), grâce auxquels ils peuvent suivre des militants comme Greta Thunberg, et sur les sites d’information.

Importance accordée à l'environnement en fonction de la sensibilité politique.

En fonction de leur sensibilité politique, les personnes interrogées ne considèrent pas l’importance du dérèglement climatique de manière semblable. Crédits : Reuters Institute.

 
Sources d'information par âge.

En fonction de leur âge, les personnes interrogées consomment l’information via différents médias. Crédits : Reuters Institute.

3. Partout, une hausse des paiements pour les informations en ligne

Le Reuters Institute signale une augmentation significative des paiements pour les informations en ligne, notamment dans les pays scandinaves, comme en Norvège, où ces paiements bondissent de 8 points pour atteindre 42 %. Le Royaume-Uni est l’un des pays où l’on paie le moins pour les informations en ligne (7 %), devancé de peu par la France, avec 10 %. Partout, une hausse a été observée durant la crise sanitaire.

Une seconde enquête plus détaillée, menée dans trois pays (États-Unis, Royaume-Uni et Norvège), montre que les grandes marques médias concentrent la plupart de ces abonnements. Le New York Times et le Washington Post rassemblent ainsi près de la moitié des abonnés à la presse en ligne aux États-Unis. Situation similaire au Royaume-Uni, avec le Times et le Telegraph. Autre élément important : dans ces deux pays, la majorité des répondants à cette enquête ne s’abonne qu’à un seul titre. La Norvège présente à cet égard une situation singulière, puisque 64 % des abonnements concernent des titres locaux ou régionaux et que 38 % des abonnés le sont à deux titres ou plus.

Selon le rapport, les deux critères clés qui suscitent l’abonnement sont le caractère distinctif et la qualité du contenu. L’institut Reuters relève aussi qu’au cours des douze derniers mois, de plus en plus d’éditeurs ont rendu leurs contenus payants, faisant craindre aux auteurs une hausse des inégalités d'accès à l'information.

4. Les réseaux sociaux concurrencent la presse locale

Dans la plupart des pays, les journaux locaux et leurs sites web restent la principale source d’information de proximité (quatre personnes sur dix). C’est notamment le cas depuis le début de la crise de la Covid-19. Mais les éditeurs d’actualités locales et régionales doivent composer avec la concurrence des réseaux sociaux, utilisés par 31 % des répondants. Le Reuters Institute suggère aux médias locaux de développer leurs audiences via des plateformes tierces telles que Facebook, Twitter, YouTube et Snapchat.

 Sources d'accès aux informations locales.


De plus en plus, l’actualité locale est consommée via des sources tierces, notamment les réseaux sociaux. Crédits : Reuters Institute.

L’enquête montre que l’information locale ne suscite pas le même intérêt dans tous les pays. Au Brésil, 73 % des personnes interrogées se disent intéressées par cette actualité, contre 31 % en France, qui se situe dans la moitié basse du classement, et seulement 12 % en Corée du Sud, pays où la préoccupation pour l’information de proximité est la plus faible.

Seul point commun à  tous les pays : les jeunes sont les moins intéressés par l’actualité locale.

Dernière spécificité de la presse de proximité : celle-ci est consommée par toutes les catégories sociales, dans des proportions assez proches, contrairement à la presse nationale qui ne touche que marginalement les catégories populaires. Le rapport pointe ainsi un risque d’accentuation des inégalités d’accès à l’information en cas d’affaiblissement ou de disparition des médias locaux.

5. L’écoute de podcasts en légère hausse

L’enquête révèle une hausse globale de l’écoute des podcasts, qui atteint 31 % (en hausse de deux  points) sur l’ensemble des vingt pays étudiés depuis 2018 sur ce sujet par le Reuters Institute. Quatre personnes sur dix écoutent mensuellement un podcast en Espagne et en Irlande, et plus d’une sur trois en Suède ou aux États-Unis. En revanche, cette pratique est beaucoup moins développée au Royaume-Uni, en Allemagne ou au Japon.

Quels pays ont écouté le plus de podcasts ?

Depuis 2019, la France n’a pas augmenté sa consommation mensuelle de podcasts, qui demeure à 26 %. Les consommations des Pays-Bas et de l’Australie ont en revanche augmenté de cinq points. Crédits : Reuters Institute.

Pour la moitié des sondés, les podcasts abordent les sujets plus en profondeur que les autres médias. Autre point intéressant : les auditeurs et auditrices de podcasts ont tendance à être plus jeunes. Au Royaume-Uni, 50 % des podcasts sont ainsi écoutés par des moins de 35 ans. Ces données pourraient notamment intéresser les médias peinant à atteindre un public plus jeune avec des contenus plus traditionnels, indique le Reuters Institute. D’autant qu’une partie du public se dit prête à payer pour écouter des podcasts qu’elle apprécie : c’est le cas par exemple de 39 % des Australiens interrogés.

Enfin, le rapport souligne également une baisse de la consommation de podcasts au début de la période de confinement, car les écoutes s’effectuaient majoritairement dans les transports ou en dehors du domicile.

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