Michal Kurtyka, president de la COP24, saute à l’issue de la session finale de la Conférence sur le changement climatique, à Katowice (Pologne), le 15 décembre 2018.

Michal Kurtyka, président de la COP24, saute à l’issue de la session finale de la Conférence sur le changement climatique, à Katowice (Pologne), le 15 décembre 2018.

© Crédits photo : Janek Skarzynski / AFP

2019-2020 : la saison du « boom » des programmes environnement à la radio

Après un premier « pic » en 2009-2010, le nombre de programmes radio dédiés à l'environnement se sont progressivement. Jusqu'au sursaut de la saison passé, d'une ampleur inédite. Avec France Inter en figure de proue. Étude inédite de l'INA publiée à l'occasion du festival Médias en Seine.

Temps de lecture : 5 min

« Drôle de circonstance : vous proposer une nouvelle émission autour de l’environnement dans un contexte où l’un des symboles les plus forts de la nature, la forêt amazonienne est en train de brûler. Ces incendies d’une ampleur exceptionnelle nous interpellent et nous montrent à quel point il y a quelque chose qui ne va pas dans notre rapport à la nature. » C’est par ces mots que, le 26 août 2019, le journaliste Mathieu Vidard, producteur durant 13 ans de l’émission scientifique La Tête au carré, introduit la nouvelle émission qui en prend la suite : La Terre au carré. Même durée (55 minutes) et même rythme (quotidien, hors week-end), mais à 13h30 et non plus 14h. Avec ce changement de positionnement, complété de deux nouvelles chroniques, le samedi à 6h38 (« Le Sens de l’humus ») et le dimanche à la même heure (« Un bol de nature », rapidement arrêtée), France Inter renforce considérablement son offre de programmes environnement, en complément de l’émission du dimanche CO2 mon amour, de Denis Cheissoux. Cette évolution témoigne plus largement, cette année-là, d’un moment particulier dans le monde de la radio — mais aussi dans la presse.

2019-2020 : un tournant environnemental ?

Toutes les stations semblent en effet traduire dans leurs grilles de programme une prise de conscience de la nécessité de développer fortement ce type d’offre. Elles ont ainsi diffusé, la saison dernière, un nombre record de programmes « environnement » : 1 029 — trois fois plus que la saison précédente !

Nombre de programmes « environnement » sur les radios généralistes (Europe 1, France Culture, France Inter, RMC, RTL).

Elles partaient pourtant de loin : les radios généralistes françaises ne cumulaient, lors de la saison 2001-2002, que 116 programmes. La première impulsion significative est apportée par Europe 1 qui, en 2005-2006, développe une présence régulière sur cette thématique, avec Ecolographie, émission du samedi animée par Michel Field, et une chronique bihebdomadaire. Cette année-là, la station représente 60 % du nombre d’émissions produites cette année-là.

Puis, de 2007 à 2010, France Inter complète son rendez-vous hebdomadaire, CO2 mon amour (relancée dans un nouveau format en septembre 2002), par une chronique quotidienne (hors week-end), « Les Yeux du ciel », en même temps que RTL et surtout Europe 1 s’imposent sur cette thématique. La première en transformant sa chronique hebdomadaire, « C’est notre planète » (lancée en janvier 2007) en rendez-vous quotidien, à partir de décembre 2008. La seconde, avec ses deux chroniques dédiées dans Europe 1 Matin entre 2009 et 2013. Un premier pic global de production est atteint en 2009-2010, avant une chute progressive jusqu’en 2017-2018.

La deuxième moitié de la décennie 2010 voit France Inter et Europe 1 se désengager de cette thématique, laissant bientôt RTL représenter plus des deux tiers des programmes proposés à la radio — avec seulement une chronique quotidienne. Jusqu’au sursaut de la saison dernière, observables sur toutes les stations — sauf RMC, inexistante sur l’environnement —, de RTL (chroniques matinales « C’est notre planète », à 4h45, et surtout, beaucoup plus visible, « La Minute verte » de Jean-Mathieu Pernin, à 6h50), à Europe 1 (chronique « Rendez-vous à la ferme », à 6h25, et le week-end « Génération planète » et « L’Écho de la planète »), en passant par France Inter et France Culture (De cause à effets, le magazine de l’environnement, produit par Aurélie Luneau, le dimanche à 16h, et la nouvelle chronique matinale d’Hervé Gardette, « La Transition »).

Sur l’ensemble de la période, les chaînes privées représentent les deux tiers de l’offre de programmes « environnement » (67,1 %).

Part de chacune des radios généralistes (Europe 1, France Culture, France Inter, RMC, RTL) dans l’offre de programmes « environnement » (moyenne des saisons 2001-2002 à 2019-2020).

Un « effet France Inter »

Il en va autrement lorsque l’on observe la durée de ces programmes, dont le niveau médian, sur dix-neuf ans, représente une centaine d’heures annuelles (102 heures 28 min). Jusqu’à la saison dernière, le volume horaire des programmes radio consacrés à l’environnement oscillait, selon les ans, entre 72 heures et 124 heures. Or, l’an passé, le total de la durée de ces programmes a atteint lui aussi un niveau inédit : 242 heures 13 minutes.

Durée totale (en heures) des programmes « environnement », toutes radios généralistes confondues (Europe 1, France Culture, France Inter, RMC, RTL).

La principale contribution à ce niveau record est à rechercher du côté de France Inter. Sa nouvelle grille multiplie par près de 4 le temps d’antenne de ses programmes spécifiquement dédié aux questions environnementales, atteignant à elle seule 144h et 48 minutes (x3,7), soit vingt heures de plus que le précédent record de toutes les radios généralistes cumulées. L’effort est également remarquable, sur des volumes moindres, chez Europe 1 (x2,6, à 17h et 18 minutes), RTL (x2,1, à 27 heures et 13 minutes) et sur France Culture (+10 %, à 52 heures et 53 minutes).

Durée totale (en heures) des programmes « environnement » sur les radios généralistes (Europe 1, France Culture, France Inter, RMC, RTL).

La hiérarchie des radios les plus « vertes » change radicalement lorsque l’on considère la durée des programmes proposés sur leurs antennes, et non plus le volume de programmes. À l’aune de ce critère, ce sont les radios publiques qui dominent très largement, avec une part moyenne de 81,1 % dans celle-ci.

Part de chacune des radios généralistes (Europe 1, France Culture, France Inter, RMC, RTL) dans la durée totale des programmes « environnement » (moyenne des saisons 2001-2002 à 2019-2020).

Contrairement au nombre de programmes, où durant 7 saisons la domination des radios privées a été remise en cause, la prépondérance des radios publiques est un constat qui, lui, n’a pas souffert d’exceptions sur les dix-neuf années étudiées. Cela traduit une préférence tendancielle pour les programmes courts (chroniques) chez les radios privées, sans doute conditionnée par leur dépendance à la publicité, dont les spots rythment très fréquemment l’écoute. Inversement, les radios publiques combinent plus fréquemment chroniques et émissions dédiées.

Part des radios publiques (France Culture et France Inter) et privées (Europe 1, RMC, RTL) dans le volume horaire de l’ensemble des programmes (en %).

Un intérêt accru dans les journaux radio : focus sur le journal de 19h de France Inter

L’attention accrue portée aux questions environnementales par France Inter se manifeste également dans son journal de 19h. Le nombre de sujets qu’y a consacré France Inter a triplé depuis le début des années 2000, passant de 70 à plus de 200 l’an passé.

Évolution du nombre de sujets « environnement » dans le journal de 19h de France Inter.

Un premier pic en nombre de sujets (148) est atteint au cours de la saison 2009-2010 qui a vu émerger les débats sur la taxe carbone, la tenue de la COP15 à Copenhague, ou encore une marée noire en Louisiane. Jusque-là, la thématique « environnement n’avait » que rarement effleuré la centaine de sujets. Depuis lors, elle est restée été au-dessus de ce seuil, sauf en 2011-2012 (82) et 2012-2013 (99).

La saison 2015-2016 est celle d’un second pic de médiatisation dans les journaux de France Inter (158), nourrit par la COP 21, le scandale Volkswagen ou l’actualité Notre Dame des Landes. Mais c’est lors de la saison 2018-2019 que, pour la première fois, les questions environnementales ont suscité plus de deux cents sujets (204). Parmi les actualités marquantes : les marches pour le climat, la pollution de l’air ou encore la COP24 à Bruxelles.

Méthodologie

Cette étude porte sur les programmes « environnement » des radios généralistes (Europe 1, France Culture, France Inter, RMC, RTL). Les statistiques sont présentées ici par « saison éditoriale », entendue du 1er septembre au 30 juin, et sur la période 2001-2002 à 2019-2020.

Les programmes « environnement » sont ceux, quels que soient leur genre et leur format (magazine, entretien, chronique...), diffusés en première diffusion sur les stations généralistes, et dont la thématique principale, sur l’ensemble de leurs éditions, est l’environnement.

S'agissant du journal de 19h de France Inter : celui-ci est étudié sur la période 2001-2002 à 2018-2019.  Nous l'avons retenu car il présente l'avantage d'être indexé sur une longue période, et de ne pas avoir changé d'horaire de diffusion ou de format. Un sujet « environnement » est  un sujet indexé avec des mots-clés relevant du vocabulaire de l’environnement dans le thésaurus de l’INA. Ces sujets répondent à une liste de 70 mots-clés orientés environnement, protection de la nature, écologie, biodiversité, pollution, gestion des déchets, climat et réchauffement climatique, énergies renouvelables... 

Mise à jour 20/11/2020 : ajout d'une précision sur CO2 mon amour, relancée dans un nouveau format (et non créée) en 2002.

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