Olivier Véran au 20H de TF1.

Pour la première fois en 2020, un ministre, Olivier Véran, est davantage apparu dans les journaux télévisés que le président ou le Premier ministre. Ici, sur le plateau du 20 h de TF1, le 22 décembre 2020.

© Crédits photo : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP.

Au second semestre 2020, les JT ont moins couvert la pandémie de Covid-19

Malgré un nombre de décès plus important, la crise sanitaire a moins occupé les journaux télévisés durant les six derniers mois de l’année 2020. Mais la santé reste la thématique la plus médiatisée en 2020, une première depuis vingt-cinq ans.

Temps de lecture : 5 min

Depuis sa première apparition dans les journaux le 18 janvier 2020, le coronavirus SARS-CoV-2 s’est imposé progressivement dans notre vie quotidienne, puis plus brutalement il y a tout juste un an avec le premier confinement, entré en vigueur le 17 mars.

L’année dernière, nous avons observé et quantifié la place inédite occupée par la pandémie de Covid-19 sur les chaînes d’information en continu, ainsi que dans les journaux télévisés du soir au cours du premier semestre 2020. Avec plus de la moitié des journaux télévisés consacrée au nouveau coronavirus sur cette période, jamais une crise sanitaire n’avait bénéficié d’une telle couverture médiatique. Face à cette actualité qui écrasait toutes les autres, les JT avaient allongé leur durée de diffusion.

À l’occasion de l’anniversaire de l’instauration du premier confinement, La Revue des médias dresse le bilan d’un an de Covid-19 dans les journaux télévisés du soir.

Le 2e confinement n’a pas suscité de nouvelle vague médiatique

Entre le 18 janvier et le 31 décembre 2020, le coronavirus SARS-CoV-2 a suscité 13 875 sujets dans les journaux télévisés. Cela représente 51 % de l’offre d’information globale, et 47 % de la durée totale des JT sur l’année (406 heures 47 minutes). Il est intéressant de relever une nette érosion de la présence de ces sujets dans les JT entre le premier et le second semestre, que ce soit en nombre de sujets (59 % au 1er semestre 2020 ; 41% au 2e semestre) ou en volume horaire de diffusion (56 % au 1er semestre, 37% au 2e semestre), alors même que le nombre de décès est quant à lui en augmentation au second semestre (+ 15 %). Si le nombre de morts est un facteur permettant d’expliquer le haut niveau de médiatisation de la pandémie, les pics semblent conditionnés par des annonces de l’exécutif qui entraînent des conséquences fortes sur la vie quotidienne de la population.

Ainsi, la part des JT consacrée à la pandémie a atteint un record de 80,5 % pendant les huit semaines de confinement. Le pic du nombre de sujets (100) est quant à lui atteint le 28 avril, date à laquelle le gouvernement annonce le plan de déconfinement du 11 mai. Le nombre de sujets quotidiens reste, au 2e semestre, sous la barre des 50 — à l’exception d’un nouveau pic (83 sujets), le 28 octobre, jour de l’annonce du deuxième confinement. Cette 2e période de restrictions de la circulation n’a toutefois pas entraîné de sursaut durable de médiatisation comparable à celle du 1er confinement.

C’est en août que la pandémie été le moins couverte par les JT — avec 468 sujets, un niveau toutefois élevé par rapport à d’habitude —, mais elle n’est pas remplacée par des sujets plus légers pour autant : la rubrique « catastrophes » se hisse au 2e rang des thématiques, avec l’explosion dans le port de Beyrouth et les incendies dans le sud de la France et en Californie.

TF1 est celle qui a accordé le plus de place au sujet (58,1 % de la durée de son JT contre seulement 31,6 % pour Arte). 

Une crise sanitaire mais aussi économique

Le mois de mars 2020 représente un basculement dans l’information télévisée. Les JT s’allongent. Leur durée totale passe de 59 heures et 16 minutes en janvier à 86 heures et 31 minutes en mars (+54 % en moyenne et jusqu’à +70 % sur TF1).  Ils ne retrouvent une durée ordinaire d’antenne qu’à partir du mois de juillet.


Même si la thématique de la santé est repassée sous la barre des 600 sujets mensuels en juin (après un pic à plus de 2 000 sujets en mars), sa médiatisation reste importante tout l’été et repart à la hausse sur le dernier trimestre. C’est le thème le plus médiatisé sur l’ensemble de l’année 2020 : 37 % des sujets de JT lui ont été consacrés (contre 3,3 % en 2019).

En vingt-cinq ans, c’est la première fois que la santé occupe une telle place dans les JT :


Si la question économique, 3e grand sujet en temps normal (à égalité avec la politique intérieure), arrive loin derrière la santé au 1er semestre, elle reste une préoccupation importante des JT, notamment en juin à l’issue du déconfinement (2e thématique en juin, avec 467 sujets). C’est la 2e thématique la plus présente sur l’ensemble de l’année, avec 12,2 % des sujets de JT, et 13,8 % du volume horaire, une part un peu plus importante qu’en 2019 (10,9 % des sujets). 62 % des sujets de cette catégorie ont été consacrés à l’impact économique de la pandémie.

Les sujets sociaux ont été balayés : ils ne représentent que 10,7 % des sujets en 2020, contre 20 % en 2019. Ils n’ont réussi à se faire une place qu’en juin, avec les mobilisations contre le racisme et les violences policières en France et aux États-Unis, et en décembre, où ont coexisté des sujets sur l’organisation des fêtes de fin d’année et sur la mobilisation contre la proposition de loi « Sécurité globale ». Même la politique intérieure française a été peu traitée (6,6 % des sujets contre 8,5 % en 2019) : elle n’a connu un sursaut qu’en octobre, à la suite de l’assassinat de Samuel Paty (180 sujets) avant de revenir à un niveau très bas en novembre-décembre.

La politique internationale, très peu médiatisée au 1er semestre, a quant à elle reconquis sa place au second semestre, à la faveur des élections présidentielles américaines, et arrive ainsi à la 4e place avec 8,4 % des sujets (contre 15,8 % en 2019).

Top des prises de paroles : l’année d’Olivier Véran

En 2020, pour la première fois, un ministre — Olivier Véran — est davantage apparu dans les journaux télévisés que le chef de l’État ou le Premier ministre. Le top 10 des personnalités qui se sont le plus exprimées dans les JT est composé des responsables politiques et des médecins, consultants privilégiés de certaines chaînes (comme Gérald Kierzek sur TF1) ou sollicités en tant qu’experts. Le président américain Donald Trump a également bénéficié d’une visibilité exceptionnelle. Quant au professeur Didier Raoult, qui avait subitement « percé » dans les médias en mars et se situait à la 16e place au premier semestre, il a quasiment disparu des JT au cours du second semestre — avec 4 prises de paroles, il chute à la 141e place du classement. On relèvera enfin que le top 10 des prises de paroles dans les JT est exclusivement masculin sur l’année complète, même si, au deuxième semestre, l’épidémiologiste Catherine Hill se hisse à la 7e place.


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