le plateau de BFMTV le 3 avril 2017, veille du débat présidentiel

Le plateau de BFMTV le 3 avril 2017, la veille d'un débat entre les candidats à l'élection présidentielle. 

© Crédits photo : Lionel Bonaventure/AFP ; Justine Babut

Comment débattre sans le favori de la course ?

Officiellement candidat à sa réélection, Emmanuel Macron a déclaré qu'il ne débattrait pas avec les autres candidats avant le 10 avril. Les chaînes ajustent bon gré mal gré leur offre éditoriale. 

Temps de lecture : 4 min

Lundi, lors de son premier déplacement en tant que candidat à Poissy (Yvelines), Emmanuel Macron a clarifié ses intentions concernant de possibles débats avec ses adversaires. Il n’y en aura pas avant le premier tour.

Pourquoi maintenant ?

« Refuser le débat avant le premier tour, c’est archaïque », disait Valérie Pécresse fin janvier sur France 3. Espérant motiver le chef de l’État à descendre dans l’arène, la candidate Les Républicains, réélue présidente de la région Île-de-France l’année dernière, avait pris son propre exemple : « Moi, j’ai débattu avec tous mes adversaires, j’ai rendu des comptes, je n’ai pas eu honte de mon bilan, je l’ai défendu. » Bien essayé, mais la tentative s’est révélée vaine.

Les signaux envoyés par les proches d’Emmanuel Macron n’incitaient de toute façon pas à l’optimisme. Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, avait plusieurs fois fait part de son « scepticisme » quant à l’organisation d’un débat avec l’ensemble des prétendants à l’Elysée. Officiellement candidat à sa réélection depuis le 3 mars, Emmanuel Macron n’a pas tardé à mettre fin à tout suspense puisqu’il déclarait dès lundi au micro de LCI : « Je ferai plusieurs formats qui prennent tous les candidats mais je ne ferai pas de débat avec les autres candidats. » La raison invoquée : aucun de ses prédécesseurs ne s’est plié à cet exercice. « Il a beau avoir raison, on peut le regretter pour le débat démocratique, en plus de trouver ça frustrant pour les téléspectateurs », soupire Muriel Pleynet, la rédactrice en chef de l’émission Élysée 2022 sur France 2.

Un œil en coulisses

« Mieux vaut une grande émission dédiée à un candidat plutôt qu’un débat à douze qui demande énormément d’énergie et de moyens sans forcément qu’il en sorte quelque chose d’intéressant, confie le journaliste politique d’une chaîne d’info en continu qui suit la campagne d’Emmanuel Macron. En plus, ça ressemble plus à une foire d’empoigne qu’à un débat. » Il cite en exemple « Face à BFM », où le candidat est confronté à la rédaction de la chaîne [à laquelle ce journaliste n’appartient pas, NDLR] plutôt qu’à ses adversaires.

Pour ce spécialiste, même l’émission proposée lundi soir par LCI en partenariat avec le magazine Elle pour parler de la place de la femme dans la société est « déceptif ». « On voit que l’audience n’est pas au rendez-vous. » « Face aux Françaises » n’a été regardée que par 237 000 personnes en moyenne, loin derrière les meilleurs résultats de Mission convaincre (jusqu’à 700 000 téléspectateurs), également sur LCI, où les candidats débattent avec des abstentionnistes.

Un seul être vous manque

À défaut de faire venir le sortant dans l’arène, quelles options s’offrent aux onze autres prétendants à l’Élysée ? Il y a le face-à-face, comme celui de ce jeudi entre Valérie Pécresse et Éric Zemmour, en prime-time sur TF1, sur le modèle de ce qu’avait déjà fait le candidat d’extrême-droite face à Jean-Luc Mélenchon sur BFMTV. Xavier Bertrand a d’ailleurs proposé qu’Emmanuel Macron se plie à un exercice du genre et affronte successivement ses adversaires les mieux positionnés dans les sondages.

Côté président sortant, on ironise sur ces rivaux qui font d’un affrontement direct avec celui qui dépasse désormais les 30 % d’intentions de vote au premier tour l’alpha et l’oméga de leur campagne. « Ce que je trouve tragique, c’est qu’ils prennent l’excuse qu’Emmanuel Macron est inatteignable pour justifier le fait qu’ils n’arrivent pas à faire entendre leurs propres propositions, confie un membre de son équipe de campagne. Mais souvenons-nous qu’en janvier 2012, François Hollande avait lancé des idées fortes qui avaient poussé Nicolas Sarkozy à accélérer sa déclaration de candidature. Le scénario n’est pas écrit à l’avance, tout dépend de la dynamique. » Et de souligner que dans la seule journée de lundi, son candidat a déjà « fait 15 propositions qui ont été reprises partout ». Depuis, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a confirmé sur RTL que s’il est réélu, Emmanuel Macron repoussera l’âge de départ à la retraite à 65 ans au lieu de 62.

Et un débat à onze, sans le favori ? « Difficile à imaginer, car le président sortant, c’est lui, celui qui est en tête des sondages, c’est lui et celui qu’il faut battre, c’est aussi lui », répond Muriel Pleynet, de France 2. Alors les chaînes ajustent bon gré mal gré leur offre éditoriale… Lundi 14 mars, TF1 accueillera huit des douze candidats pour un exposé de leur profession de foi et de leur programme. Une séquence savamment orchestrée pour que personne ne se croise en entrant ou en sortant du plateau, comme le raconte la newsletter de Politico.

Un étrange ballet qu'on retrouvera pour la soirée prévue le 23 mars sur BFMTV et enfin sur France 2. Cette dernière se déroulera après le 28 mars, c’est-à-dire pendant la période de stricte égalité du temps de parole. L’émission « Élysée 2022 » se déclinera en un ou deux numéros avec de nouveau l’ensemble des candidats face aux journalistes du service public. Ainsi, Emmanuel Macron devrait-il avoir évité la confrontation directe d’ici le 10 avril. Une position totalement assumée par son entourage : « Le tenant du titre ne passe pas par les qualifs. »

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