Dessin de journalistes de France 2 à la plage

© Crédits photo : La Revue des médias. Illustration : Alice Durand.

Quand France 2 « suit les touristes sur leur lieu de vacances »

L'été, pour s’adapter au rythme de l’actualité, France 2 a créé il y une dizaine d’années les « bureaux d’été », constitués de journalistes parcourant durant deux semaines différents lieux touristiques. À la tête de ce dispositif, Françoise David nous explique son fonctionnement.

Temps de lecture : 7 min
Françoise David est cheffe de service des bureaux des régions de la rédaction nationale de France 2. Elle s’occupe également du dispositif des bureaux d’été.

Pour les médias, l’été est souvent une saison plus calme durant laquelle « les marronniers »(1) prennent une place importante. Comment le service info de la chaîne France 2 prépare-t-il cette saison ?

Françoise David : Pendant cette période, les différentes éditions des journaux télévisés ont davantage besoin de séries, c'est-à-dire d'un certain nombre de reportages autour du même thème, ensuite décliné de façon diverse. Par exemple, pour l'édition du week-end, nous avons réalisé une série sur les côtes. Nous nous sommes centrés sur la Côte d'Opale, la Côte fleurie et la Côte d'Améthyste, et adoptons une démarche similaire sur chacune d'entre elles : comprendre quelle faune s'y trouve et découvrir les lieux culturels alentour. 

Pour les besoins liés à ces séries, à l’actualité et pour compléter le travail des bureaux permanents en régions, nous avons développé un système qui se prolonge du 15 juillet au 15 août, et que nous appelons les « bureaux d'été ».

En quoi consistent-ils ?

Françoise David : Nous déployons des équipes dans le Sud de la France, dont la vocation est de travailler davantage sur des sujets magazines que les bureaux permanents implantés dans différentes régions. Le dispositif comprend trois équipes indépendantes, composées de trois personnes relayées au bout de quinze jours : un journaliste reporter d’images, un rédacteur et un monteur. En un mois, les bureaux d'été concernent donc 18 personnes. Généralement, ce sont plutôt des jeunes, même s’il est nécessaire qu’ils aient plusieurs années de métier derrière eux, car ils doivent être autonomes et travailler vite.

« Les journalistes détachés ont souvent plusieurs années de métier derrière eux, car ils doivent être autonomes et travailler vite. »

Ce dispositif profite aux journaux de 13 h et 20 h, aux éditions du week-end, à la chaîne France Info et aussi à Télématin, qui reste une émission consommatrice d'infos. En cas d’événement très important, nos équipes peuvent aussi avoir vocation à réagir, en complément des bureaux. Si l'on prend l’exemple de l'attentat de Nice en 2016, le bureau permanent de Nice a travaillé sur le sujet, mais nous avons aussi envoyé le bureau de Marseille et le bureau d'été, qui se trouvait alors dans la région de Narbonne. Quant au bureau permanent de Montpellier, il a été mobilisé pour « compenser » sur de l'actualité que l’on pourrait qualifier de « classique ». 

Variez-vous les lieux dans lesquels les journalistes sont envoyés ?

Françoise David : Les géolocalisations des trois bureaux d’été changent assez peu. Ils sont concentrés dans le Sud parce que l'on suit les touristes où ils sont, sur leur lieu de vacances. Et s'il se passe quelque chose de grave en Normandie, nos journalistes peuvent être sur place rapidement — il suffit de deux heures depuis Paris. 

Depuis le lancement des bureaux d’été, il y a une dizaine d’année, il y a toujours eu un bureau dans le Sud-Est, du côté de Saint-Raphaël. C'est un endroit très fréquenté par les touristes et aussi, malheureusement, fréquemment touché par les incendies. Pendant très longtemps, nous avions un bureau d'été à Biarritz, qui couvrait le Pays basque et, s’il y en avait besoin, l'Espagne. On l'a délocalisé à La Rochelle, ce qui permet d'aller plus haut, comme à Nantes, et de pallier les absences du bureau permanent de Poitiers, qui est fermé en août car nous n'y avons qu'une seule équipe. Le troisième bureau, proche de Narbonne, couvre la région Sud-Languedoc et permet aussi d’envoyer une équipe en Espagne, principalement en cas d’incendies importants.

Quel est le rôle du service du bureau des régions, que vous dirigez, dans la mise en place des bureaux d’été ?

Françoise David : Les journalistes concernés par le dispositif travaillent dans un service différent. Pendant la période des bureaux d'été, ils passent sous la responsabilité du bureau des régions, car nous gérons aussi les bureaux permanents des différentes régions de France. Cela facilite le travail en cas de grosses actualités, en permettant de déterminer les priorités dans les sujets et d’organiser les équipes plus efficacement.

 Comment sont décidés les sujets couverts par les bureaux d’été ?

Françoise David : Ce sont des sujets axés autour du tourisme au sens large, ce qui comprend les activités de vacances comme le développement du tourisme œnologique. Par exemple, nos équipes ont déjà traité les patrouilles de feu, l'impact de la crème solaire sur les coraux ou encore les écluses à poissons de Charente. L’essentiel est que cela soit à la fois instructif, et visuellement de qualité. 

 Concernant le choix des sujets, nous en déterminons une partie à l'avance. Chaque bureau d'été fait des propositions, qui seront acceptées ou refusées. Mais, ce n’est pas parce que nous avons défini des sujets en amont, que cela ne peut pas bouger, car si une actualité importante éclate, les bureaux d’été devront la couvrir. Nos équipes ont ainsi passé cinq jours sur l'attentat de Nice du 14 juillet 2016 — l'actualité perturbe forcément ce qui était prévu. S’il n'y en a pas, les journalistes se concentrent sur les sujets qu'ils ont proposés. C’est un dispositif qui reste souple. 

Lors de cet attentat, comment s'est déroulée la soirée à partir du moment où vos équipes en ont été informées ?

Françoise David : La première équipe à arriver sur place était celle du bureau permanent de Nice. Alors qu'ils étaient en route pour couvrir un incendie, ils ont été informés qu’un événement très grave se déroulait sur la promenade des Anglais — nous ne savions pas encore qu'il s'agissait d'un attentat. Ils m'ont immédiatement alertée et je leur ai demandé de faire demi-tour et de filer sur Nice. 

J'ai ensuite contacté le bureau d'été positionné à Saint-Raphaël, puis le bureau permanent de Marseille, ainsi que le bureau d'été stationné à Narbonne. L'un des rédacteurs du bureau de Nice, était en congé ce soir-là, s'est aussi rendu sur place, et un journaliste de France 2, en vacances, s'est également mobilisé pour assurer des directs.

« La mobilisation de deux bureaux d'été, qui avaient des capacités de tournage, de montage et de diffusion, a été essentielle à la couverture de cette actualité dramatique. »

En quelques heures, France 2 avait donc dépêché sur le lieu de l’attentat six équipes pour assurer les différentes antennes et les émissions spéciales. Par la suite, l’émission Soir 3 a été consacrée à cet événement, tout comme le numéro de Télématin du 15 juillet. La mobilisation de deux bureaux d'été, qui avaient des capacités de tournage, de montage et de diffusion, a été essentielle à la couverture de cette actualité dramatique.

Une séquence d'interview d'un homme venant de perdre sa femme lors de l’attentat a suscité des interrogations déontologiques. Rétrospectivement, quelle analyse en faites-vous ?

Françoise David : Les équipes arrivées sur place très peu de temps après l'attentat ont fait ce qu'elles devaient faire : leur métier, c'est-à-dire tourner, donc témoigner de ce qu'elles voyaient et nous envoyer ces images. C'est à Paris que nous avons manqué de filtres, en diffusant ces images sans assez de contrôle et probablement sans assez de réflexion sur leur impact et leur utilité dans la compréhension de l'événement.

« Nous devons faire preuve d’une vigilance de tous les instants et d’une réflexion permanente sur ce que nous diffusons ». 

La leçon que nous devons en tirer est de faire preuve d’une vigilance de tous les instants et d’une réflexion permanente sur ce que nous diffusons, ainsi que sur ce que nous ne diffusons pas. La rapidité à laquelle circulent maintenant les images, sur les chaînes info et sur les réseaux sociaux, ne peut en aucun cas nous exonérer de ces deux exigences.

(1)

Les marronniers sont des sujets lié à un événement récurrent et traités chaque année.

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