Les médias chinois à l’étranger au service du «rêve chinois»

Les médias chinois à l’étranger au service du «rêve chinois»

Le Parti communiste chinois tente de développer son influence à l’étranger au travers d’une série de médias mais leur contenu, qui s’apparente à de la propagande, ne les rend guère crédibles.

Temps de lecture : 14 min
La galaxie des médias chinois dans le monde est d’une grande complexité. Dominée au lendemain de la seconde guerre mondiale et jusqu’à la fin des années 1970 par la République de Chine (à Taïwan, gouvernée par le Kuomintang, KMT, le Parti nationaliste chinois) qui dispose toujours d’un réseau international de médias, elle a vu peu à peu la République populaire de Chine (RPC), gouvernée par le Parti communiste chinois (PCC), y occuper une place croissante.
 
Par ailleurs, depuis le début des années 1980, et surtout depuis 1989, des exilés politiques favorables à la démocratie — sans pour autant être alignés sur le KMT — ont également créé des médias à l’étranger, notamment aux États-Unis. Enfin, nouvelle venue sur la scène internationale, la secte de méditation Falungong(1)  a créé des journaux et des sites internet et, même, des chaînes de télévision en chinois, en anglais et en français. Le principal de ces organes de presse est Dajiyuan (The Epoch Times), distribué gratuitement dans les principaux pays occidentaux, qui dénonce régulièrement le régime chinois et diffuse les opinions des intellectuels critiques, tout en couvrant les mouvements sociaux hostiles au Parti communiste chinois (PCC).
 
Si l’on ajoute à cela les innombrables sites internet créés par les médias du Continent, on voit que le paysage est à la fois très complexe et foisonnant. Hong Kong et Taïwan occupent une place à part dans les médias en langue chinoise, et même si l’influence du parti communiste s’y fait de plus en plus sentir, la « Région administrative spéciale » de Hong Kong dispose d’une presse extrêmement vivante et politiquement très diversifiée, tandis que depuis la démocratisation de l’île, la presse Taïwanaise évolue dans un régime démocratique et est très diverse. Dans cet article, nous n’aborderons pas les médias de ces territoires ; nous nous concentrerons sur l’offensive du Parti communiste chinois sur la scène mondiale.
 
La Chine ne se contente pas de s’adresser aux lecteurs sinophones : les partis communistes au pouvoir n’ont pas attendu que Joseph Nye écrive sur le soft power pour prendre conscience de l’importance du rôle de la propagande dans la diplomatie. Dès 1947, soit six ans après sa fondation dans la base libérée de Yan’an, Xinhua New Chinese Radio, a commencé à émettre en anglais à partir de Shahe, un endroit perdu dans des montagnes du nord de la Chine. Dès 1949, l’Agence de presse Xinhua (Chine nouvelle) diffusait des nouvelles en chinois, en anglais et en arabe. Disposant de correspondants dans la plupart des pays, elle a longtemps joué un rôle essentiel pour informer le monde sur l’évolution de la République populaire. Elle dispose aujourd’hui de sites en plusieurs langues et fait connaître les positions officielles du Parti communiste chinois dans le monde entier.
 
En 1958(2), neuf ans après la fondation de la République populaire (RPC), le parti fondait Beijing Review : « Beijing Review, sous forme imprimée et en ligne, fait entendre la voix du gouvernement chinois et joue un rôle important dans la communication de la Chine avec le reste du monde.» 
 
Des versions arabe, russe, française ont été créées par la suite. D’autres revues — dépendant toutes du Bureau des publications en langues étrangères (Waiwen shudian), lui-même un service de la section étrangère du département de la propagande du Comité central du Parti, (waixuan) — comme China Pictorial, China Reconstructs qui disposaient aussi d’une version française (La Chine, La Chine en construction), ont été fondées pour vanter, avec de très belles photos, les réalisations du régime. Après la rupture sino-soviétique de 1960, Mao Zedong, décidé à faire de la Chine la Mecque de la Révolution mondiale, a encore développé les médias à destination de l’étranger (essentiellement la radio et la presse écrite). Après la mort du Grand timonier et avec le lancement de la politique de réforme et d’ouverture en 1978, le Parti a commencé à diversifier l’offre des médias destinés à l’étranger, tant en langue chinoise qu’en langues étrangères.

Presse écrite en chinois et propagande à destination des émigrés

Soucieux d’accroître son influence au sein des communautés chinoises d’outremer afin de les détourner des médias liés au gouvernement nationaliste, le PCC a créé l’édition d’outre-mer du Quotidien du Peuple, imprimée en caractères chinois traditionnels (comme à Taïwan, Hong Kong et dans la diaspora), le 1er juillet 1985(3). Il est pratiquement impossible d’obtenir des informations sur sa diffusion effective, mais il est probable qu’à l’image de l’édition chinoise de l’organe du PCC, elle n’a cessé de diminuer. Seuls les cadres du Parti et les professionnels des médias la lisent.
 
Les organes chargés de la diffusion de la propagande à l’étranger sont bien conscients que les émigrés ne sont guère friands de la presse officielle chinoise, car elle est écrite dans un jargon qui leur est étranger. C’est pourquoi ils ont concentré leur action sur les médias en chinois qui informent les communautés émigrées, en mettant en œuvre une double stratégie : d’une part, en créant de nouveaux journaux et, d’autre part, en influençant la presse en chinois fondée au début de l’émigration au milieu du 19e  siècle.
 
De 1949 aux années 1970, la presse des pays où l’émigration chinoise était importante (Asie du Sud-est, Europe, Amériques) était plutôt proche du KMT (Kuomintang), les hommes d’affaires qui la finançaient étant favorables au régime en place à Taïwan. La RPC (République populaire de Chine) n’étant pas reconnue dans des pays anticommunistes, il lui était impossible d’y implanter sa presse. Dès l’entrée de la Chine à l’Onu en 1971, le PCC a fondé dans les principaux pays d’émigration des journaux qui publiaient les dépêches de l’agence officielle Xinhua et reprenaient les articles de la presse du continent, tout en couvrant les activités des diverses associations de Chinois d’outre-mer.
 
Au fur et à mesure que l’économie chinoise se développait, les hommes d’affaires émigrés ont commencé à transférer leurs publicités de la presse pro-KMT à celle favorable au PCC. Le développement de l’émigration chinoise à partir des années 1990 a renforcé ces journaux qui, par ailleurs, ne se soucient guère de leur rentabilité puisqu’ils jouissent du soutien de la Chine. Ainsi, en France, le quotidien Ouzhou shibao (Les Nouvelles d’Europe), qui dessert les communautés chinoises d’Europe, a pu évincer le Quotidien d’Europe (????, Ouzhou Ribao), lié au groupe de presse Taïwanais United Daily News. Ce journal qui, dans les années 1980, disposait d’un quasi-monopole dans la communauté chinoise de Paris, a décidé de fermer en août 2009. Selon certaines sources, cette décision s’explique par le fait que le groupe United Daily News dont il dépendait, a créé à ce moment un journal sur le continent pour servir la communauté d’hommes d’affaires taïwanais en République populaire(4). Mais le développement du commerce avec la Chine explique aussi que les hommes d’affaires installés en France aient abandonné ce journal.
 

 La stratégie du PCC est toujours la même dans le monde entier : si une presse vibrante, financée par les hommes d’affaires émigrés, existe dans un pays, il fait pression sur elle par le biais de la publicité 

Le cas de l’Australie est révélateur : alors qu’avant 1996, on ne trouvait aucune voix favorable au PCC dans la presse chinoise de ce pays, à partir de cette année-là, les journaux traditionnels se sont mis à collaborer avec des quotidiens provinciaux chinois(5). En même temps, on a vu fleurir de nombreux journaux gratuits favorables à la RPC, de sorte qu’aujourd’hui, « bien qu’ils vivent en Australie, les nouveaux immigrés sont toujours entourés par des médias dont les positions sont très influencées par les positions du gouvernement chinois »(6).

 
La stratégie du PCC est toujours la même dans le monde entier : si une presse vibrante, financée par les hommes d’affaires émigrés, existe dans un pays, il fait pression sur elle par le biais de la publicité : seuls les journaux qui ne le critiquent pas, n’abordent pas les thèmes sensibles (les 3 T : Tibet, Taïwan, Tiananmen) peuvent obtenir les publicités des entreprises liées à la RPC(7). En même temps, la Chine créée de nouveaux médias qui évinceront les journaux qui refusent de se soumettre. Cette stratégie n’a pas vraiment réussi aux États-Unis où le World Daily News, lié au groupe United Daily News, reste le principal quotidien en chinois. Toutefois, comme sa maison mère, il a, depuis les années 2000, édulcoré ses critiques de la Chine.
 
Dans ce pays, le Xinwen Ziyou Daobao (Press Freedom Herald) fondé par des exilés démocrates de 1989 a dû fermer en 2005 en raison des pressions exercées par la Chine sur les annonceurs. L’opposition s’est alors réfugiée dans des mensuels et sur des sites internet installés en Occident. Beijing zhi Chun,(Peking Spring) fondé aux États-Unis en 1993, ne paraît plus que sur le net depuis 2010. Ce mensuel fondé par Hu Ping, un intellectuel démocrate réfugié aux États-Unis, publie des analyses originales du système politique chinois souvent écrites par des émigrés, tandis que Minzhu Zhongguo (Democratic China) fondé en 1989 — dont l’un des rédacteurs en chef a été le Prix Nobel de la Paix, Liu Xiaobo — donne la parole tant à des intellectuels résidant en Chine qu’à des émigrés. Tous deux disposent de sites internet qui publient aussi des articles en anglais(8) mais ils ont du mal à trouver des financements.
 
On trouve aux États-Unis des sites qui jouent le rôle d’agences de presse indépendantes. Le plus ancien est Boxun: fondé comme mensuel en 1998, ce média est devenu une sorte d’agence indépendante qui dispose d’une certaine crédibilité en 2010. Boxun publie des recueils des articles des principaux intellectuels chinois dissidents, qu’il met à la disposition du public en ligne. Citons également Mingjing News (Mirror), émanation d’une maison d’édition fondée après 1989 par deux jeunes cadres du Parti réfugiés aux États-Unis après le massacre du 4 juin qui publie les écrits de nombreux auteurs interdits en RPC. Le site créé en 2009 diffuse des informations (ou, selon le PCC, des rumeurs) sur la vie du Parti, et publie un mensuel à Hong Kong. Comme Boxun, il est interdit en Chine.

La télévision en chinois comme vecteur d’influence

Bien conscients du déclin de la presse écrite, les responsables de la propagande du PCC ont, depuis quelques années, mis l’accent sur le développement de la télévision en chinois destinée aux émigrés. Créée en 1992, à l’initiative du président de la République Yang Shangkun pour attirer les téléspectateurs chinois dans le monde à la suite du massacre de Tiananmen de1989, CCTV-4 (China Central Television), une sorte de synthèse des chaînes de télévisions chinoises, diffuse moins d’émissions directement propagandistes que ses homologues du continent et multiplie les documentaires consacrés à la culture traditionnelle, aux hauts lieux du bouddhisme et du taoïsme, sans oublier la cuisine, la médecine, les arts martiaux et le taijiquan (le tai-chi-chuan). La glorification des réalisations du régime est toujours présentée comme une sorte de réalisation du rêve centenaire consistant à faire de la Chine un « pays prospère et puissant » (fuguo qiangbing). Quant aux nombreuses émissions historiques, elles ne remettent jamais en cause la ligne officielle, qu’il s’agisse de la guerre sino-japonaise ou de l’histoire intérieure de la République populaire.
 
Sachant bien qu’une chaîne de télévision entièrement officielle ne saurait jouir d’une grande audience auprès de Chinois disposant d’une offre variée de médias, le parti communiste a également créé une chaîne de télévision « privée » (dont l’un des plus importants actionnaires est l’entreprise d’État China Mobile, la principale compagnie chinoise de téléphone mobile) à Hong Kong. Fondée en 1996, Phoenix TV, qui comprend aujourd’hui une chaîne d’information continue et une chaîne généraliste, diffuse dans le monde entier, outre des programmes sur la vie politique en Chine, des émissions d’information consacrées à la politique taïwanaise et hongkongaise, et couvre les activités politiques des Chinois émigrés en Amérique et ailleurs. De nombreuses émissions sont consacrées à l’histoire moderne et contemporaine, et on y aborde des sujets tabous dans les chaînes du continent, comme par exemple la Révolution culturelle, dont le cinquantenaire en 2016 a été délibérément ignoré en République populaire. Toutefois, la programmation de la chaîne, également diffusée dans les grands hôtels en Chine, respecte la ligne politique imposée par le département de la propagande, en quelque sorte l’équivalent des organes de front uni, qui s’adressent aux diverses catégories sociales en dehors du Parti, comme les intellectuels, les religieux etc., un peu plus ouverte que CCTV. Ces stations sont disponibles dans de nombreux bouquets de télévision par câble en Occident.
 
Le Parti communiste cherche en outre à empêcher l’émergence de stations de télévisions « hostiles ». C’est ainsi qu’en interdisant sa diffusion en Chine en 2009, il est parvenu à éliminer Sun TV, qui diffusait sur l’internet des débats auxquels participaient des intellectuels émigrés et des penseurs libéraux interdits de publication en Chine(9).
 

 Les médias en chinois à l’étranger restent un terrain d’affrontement important entre le PCC et les forces d’opposition, mais il faut bien reconnaître que le premier est dominant, et contribue largement à forger l’opinion des émigrés 

Seule demeure la station de télévision liée à la Falungong, New Tang Dynasty TV (NDTV) diffusée sur le câble dans de nombreux pays occidentaux (y compris en France), qui, elle aussi, diffuse des programmes sur la culture chinoise, avec un accent sur les arts martiaux et le qigong, mais aussi des débats auxquels participent des intellectuels critiques.

Il est pratiquement impossible d’obtenir des chiffres crédibles sur l’audience de ces diverses chaînes, mais il est clair qu’aujourd’hui, le paysage audiovisuel est dominé par le parti communiste, ce qui s’explique naturellement par l’importance des investissements nécessaires à la création d’une station de télévision.
 
Les médias en chinois à l’étranger restent un terrain d’affrontement important entre le PCC et les forces d’opposition, mais il faut bien reconnaître que le premier est dominant, et contribue largement à forger l’opinion des émigrés, notamment des émigrés récents. Ceux qui, inspirés par l’exemple de Sun Yat-sen au tournant du XXe siècle, pensaient que les communautés d’outre-mer pourraient jouer un rôle important dans le renversement du PCC ont été contraints de revoir leur jugement : la Chine est devenue si puissante qu’elle peut exercer des pressions économiques immenses sur les entrepreneurs, cette bourgeoisie émigrée qui avait appuyé le mouvement de Sun contre l’Empire des Qing.
Grâce à son emprise sur les médias chinois à l’étranger, le PCC renforce sa légitimité de représentant de la Chine auprès des communautés émigrées qui lui fournissent un important vecteur d’influence auprès des gouvernements des pays dans lesquels elles sont installées.

Grands médias en anglais pour raconter la China Story

« Plus de 80 % des nouvelles internationales sont fournies par les agences de presse des pays avancés. Il est indispensable pour la Chine de s’expliquer afin de contrer l’image fournie par les médias de ces pays. Il est particulièrement important pour nous d’offrir à la communauté internationale des explications sur les questions des droits de l’homme, du Tibet et de Taïwan, sur le problème de la religion, de la secte Falungong et sur la théorie de la « menace chinoise »(10).
Cette déclaration d’un ancien ministre de l’information du gouvernement chinois montre clairement les motivations de l’offensive médiatique chinoise dans le monde. Même s’il est plus important pour la RPC de contrôler les médias en chinois, la création de journaux et de télévisions en langues étrangères (surtout en anglais) est censée permettre de présenter au monde une image plus favorable de la Chine.
 
En février 2016, au cours d’une visite à l’Agence Xinhua, durant laquelle il a enjoint les médias de servir le parti communiste, le numéro un chinois Xi Jinping a insisté sur la nécessité de créer de « grand médias dotés d’une influence internationale » capables de « bien raconter la China Story ».

 
Déjà, Deng Xiaoping avait ressenti cette nécessité : en 1981, dans la foulée de la politique d’ouverture, le PCC avait fondé le China Daily, premier quotidien en anglais destiné tant aux résidents étrangers en Chine qu’à ceux qui s’intéressent à la Chine dans le reste du monde. Même s’il publie parfois des reportages un peu plus « sexy » que le Quotidien du Peuple, notamment sur les questions de société, ce journal reste extrêmement officiel. Ses pages consacrées à la politique internationale font connaître la position du gouvernement chinois. Sa diffusion est extrêmement restreinte puisqu’il tire à 900 000 exemplaires dont deux-tiers seulement sont vendus à l’étranger. Il dispose d’éditions américaine, européenne, asiatique, hongkongaise qui reprennent à peu près le même contenu en y ajoutant certaines informations régionales. Diplomates et hommes d’affaires sont ses principaux lecteurs, sans oublier les nombreux Chinois de Chine qui veulent améliorer leur anglais.
 
Conscients qu’une image de pluralisme médiatique constitue un instrument important du « soft power », les autorités ont décidé en avril 2009, un peu après les Jeux olympiques, de créer une version anglaise du Global Times, dont le média frère, le Huanqiu shibao, a été créé en 1993 par le Quotidien du Peuple pour attirer des lecteurs et améliorer ses comptes d’exploitation. C’est un tabloïd qui n’hésite pas à susciter la controverse en adoptant des positions nationalistes, sans bien sûr aller à l’encontre de la politique du gouvernement. Il est très souvent cité par les journalistes étrangers qui s’inquiètent de la « menace chinoise ». La création de ce journal a été financée par le grand projet de 2009 consistant à affecter 45 milliards de yuans au développement du soft power à la chinoise.
 
L’autre moyen d’influencer l’opinion publique à l’étranger consiste, notamment en Afrique et (un peu) en Amérique latine, à fournir des informations gratuitement, ou à un très bas coût. Les médias africains, souvent très pauvres, sont tout heureux de diffuser les nouvelles de l’agence Xinhua, tant sur les questions internationales que sur la Chine. De plus, les agences de la RPC défendent un « journalisme constructif » qui, à la différence de son homologue occidental, ne consiste pas à critiquer le gouvernement, mais à l’aider à faire passer son message(11).
 
Cette conception de la presse est très appréciée par de nombreux gouvernements autoritaires d’Afrique, de même que le « modèle chinois » popularisé par la presse en anglais qui permet de concilier développement et contrôle de l’opinion(12).

L’absence d’indépendance des médias du Parti nuit à leur crédibilité

Le succès de la version anglaise d’Al Jazeera a fasciné les responsables de la propagande du PC chinois. Dès 2010, la station en anglais de CCTV, CCTV-9, qui diffusait des programmes à la fois culturels et politiques, a été rebaptisée CCTV News et s’est mise à diffuser des informations 24 heures sur 24. Tout comme Al Jazeera, elle a engagé des journalistes étrangers qui envoient des reportages du monde entier. On y trouve aussi des émissions de débat dans lesquels des experts chinois et des spécialistes étrangers qui ménagent les autorités chinoises discutent des affaires internationales. Toutefois, les sujets tabous sont nombreux, et il est par exemple impossible de faire allusion à la question du Tibet ou au mouvement de Tiananmen sur les ondes. De même, lorsque des avocats défenseurs des droits sont arrêtés ou torturés en Chine, CCTV-Newsreste muette, alors que tous ses concurrents en font leur une. Cette absence d’indépendance nuit fortement à la crédibilité de la chaîne et les crédits immenses comme les moyens techniques remarquables mis à sa disposition ne lui permettent pas d’augmenter son audience.
 
Soucieux de remédier à ce déficit, CCTV à l’étranger a encore changé de nom en 2017. Elle se nomme aujourd’hui China Global Television : « La Chine a besoin d’en savoir plus sur le monde, et le monde a besoin d’en savoir plus sur la Chine » a déclaré Xi Jinping dans sa lettre aux dirigeants de la chaîne à l’occasion de son changement de nom(13).  Cette remarque est tout à fait pertinente et correspond à la réalité. On peut toutefois douter du succès de cette initiative tant que les journalistes employés par l’État devront avant tout défendre les positions du Parti communiste et qu’aucune voix critique ne sera tolérée à l’antenne.
 
Les dirigeants chinois considèrent que la présence de leur pays sur la scène médiatique mondiale est un élément très important de la « diplomatie publique » qu’ils entendent mener. Des moyens considérables ont été mis au service de cette cause, et aujourd’hui, les médias favorables au PCC sont installés dans le monde entier, témoins de la puissance retrouvée de la RPC. Toutefois, même aux yeux des communautés de Chinois d’outre-mer, ces chaînes de télévision et ces sites internet et journaux ne sont pas très crédibles en raison du contrôle exercé sur les journalistes par le pouvoir politique. Les dirigeants de la propagande du PCC savent bien que cette servitude représente un handicap quasiment insurmontable, mais ils n’y peuvent pas grand-chose. En effet, les déclarations réitérées du président Xi Jinping selon lesquelles « les médias s’appellent communistes », ne leur laissent aucune marge de manœuvre(14). Dans ces conditions, il est fort peu probable que le rêve de voir CGT News devenir l’équivalent d’Al Jazeera se réalise dans un avenir envisageable.

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Crédits photos :
- GIVING BEIJING THE GREEN FINGER - Global Times, Thursday January 7th 2010 DSC_8517, Philip McMaster, Flickr, crédit
- The Epoch Times, Rahel Jaskow, Flickr, crédit
- City Hall Newspaper Stand Featuring China Daily, Lynn Friedman, Flickr, crédit




(1)

Dénoncée comme secte contre-révolutionnaire par la Chine en 1999, ses dirigeants se sont réfugiés à l’étranger où ils ont reconstruit leur organisation 




(2)

L’année même où Mao Zedong lançait le « Grand bond en avant » qui allait aboutir à la plus grande famine de l’histoire du pays, le PC affectait des crédits importants à la propagande à destination de l’étranger 




(3)

Le 1er juillet est une date d’autant plus symbolique qu’elle est à la fois celle de la fondation du Parti communiste chinois (1921) et celle du retour de Hong Kong à la mère-patrie,(1997)




(4)

«Un Chinois de Paris parle des raisons de l’arrêt de la publication du Ouzhou Ribao », Dajiyuan, 31/08/2009




(5)

« Australia-China », pp.16-17 




(6)

Feng Chongyi, “The Changing Political Identity of the ‘Overseas Chinese’ in Australia,” Cosmopolitan Civil Societies: An Interdisciplinary Journal , vol 3, no. 1 (2011), cité in Sarah Cook, « The Long Shadow of Chinese Censorship », A Report to the Center for International Media Assistance, 2013, p.37




(7)

Cette tactique a été utilisée également à l’égard de la presse de Hong Kong  




(8)

Hu Ping a été candidat aux élections libres à l’Assemblée populaire du district de Haidian (Pékin) en 1981. Il a remporté la majorité des suffrages à l’Université de Pékin, mais sa candidature a été invalidée. Il est parti pour les USA au milieu des années 1980 




(9)

Lucy Hornby, Benjamin Kang Lim, « China blocks Sun TV signal in content crackdown »




(10)

Zhai Zhisheng, « Nulide jianshe youli yu woguode guoji yulun huanjing » (S’efforcer de créer un environnement international d’opinion favorable à la Chine), Waijiao xueyuan xuebao, n°3, 2004 cité in Michael Barr, Who’s Afraid of China, London, Zed Books, p.45 




(11)

« China’s Media Challenges Western Narratives of Africa », China Files, 5/10/2016




(12)

« How to Counter China’s Global Propaganda Offensive », New York Times, 21/09/2016




(13)

Ben Richardson, « CCTV launches global platform in Xi push to rebrand China »




(14)

Xi Jinping’s View On News and Public Opinion” People’s Daily Online / February 25, 2016  

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