Couvertures de magazines de Loana.

© Crédits photo : Illustration : Benjamin Tejero.

« La Loana des magazines, c’est exactement moi »

Depuis sa sortie du « Loft », en 2001, Loana observe les journalistes raconter sa vie. Que pense-t-elle de leur travail ? Quel regard porte-t-elle sur son propre personnage public ? Retour en forme d’entretien sur vingt années d’exposition médiatique.

Temps de lecture : 9 min

Sac à dos en peluche rose sur l’épaule, Loana Petrucciani est entrée dans l’écran le jeudi 26 avril 2001. Pionnière autant que cobaye de la téléréalité, elle en est aussi la première vedette. Vingt ans après « Loft Story », alors que ses camarades de jeu ont pour la plupart retrouvé l’anonymat, elle demeure une personnalité publique. Ses drames et ses renaissances successives sont chroniqués dans les magazines, illustrés le plus souvent par des photos un peu trash, sans épuiser tout à fait l’énigme de sa personnalité. 

En janvier, j’ai proposé à Loana Petrucciani un entretien de réflexion sur sa propre médiatisation. Je lui enverrais chaque jour une question, à laquelle elle prendrait le temps de répondre par écrit. On a commencé comme ça. Les petits cœurs qui suivent sa signature d’e-mail se sont accumulés. Et puis elle a appris la publication imminente d’un livre à son sujet. Elle s’est demandé si elle devait faire un procès à son auteur, avant de se raviser, conquise par la gentillesse de la dédicace. 

Début février, son énergie était ailleurs. Elle avait un relooking à accomplir, des tournages pour la télé à honorer. J’ai cessé de compter les jours de silence et les rendez-vous manqués. On a poursuivi par téléphone, quand elle pouvait. L’entretien qui suit est la somme de tous ces moments.

Avant le « Loft », quelle place occupaient les médias dans votre vie ? 

Loana Petrucciani : Je regardais le journal de 20 heures sur TF1. Pour le reste, les médias occupaient très peu de place dans ma vie. Pour moi, c’était un monde à part. Je lisais Voici, comme tout le monde, mais sans plus. La téléréalité n’existait pas, on ne parlait pas de la vie privée des gens comme vous et moi dans les journaux. Les personnes dont parlait Voici appartenaient à un monde différent, virtuel, presque impensable.

Rêviez-vous d’en faire partie ? 

Je n’ai jamais rêvé d’être célèbre. Le monde des gens célèbres était inaccessible pour quelqu’un comme moi, ça ne servait à rien d’y penser. Mais ça ne me dérangeait pas. Adolescente, je n’ai jamais suivi assidûment la vie d’une actrice ou d’une personnalité en particulier. Je n’étais pas du tout accro aux stars. J’étais plus branchée chevaux. Les murs de ma chambre étaient recouverts de posters d’animaux.

Que cherchiez-vous en participant à « Loft Story » ?

Je voulais m’amuser et trouver le grand amour. J’avais compris que ce serait une sorte de « Tournez manège ! » des années 2000. 

La notoriété n’était pas un de vos objectifs ?

Bien sûr que non. Aucun des participants ne cherchait la célébrité. C’était juste un jeu. Les candidats du « Bigdil » ou de « Questions pour un champion » ne deviennent pas des célébrités sous prétexte qu’ils sont passés à la télé. On imaginait que pour nous, ce serait pareil. 

Pendant « Loft Story », comment imaginiez-vous que vous étiez perçue à l’extérieur ?

Je ne pouvais rien imaginer. Nous n’avions aucun retour de l’extérieur. Je n’essayais pas non plus de comparer mes qualités et mes défauts à ceux de mes camarades de jeu. Je ne me posais pas de question. Si vous vous demandez ce que pensent les gens quand vous vous levez le matin, quand vous mangez vos céréales, quand vous vous brossez les dents, vous finissez par péter un câble.

Le 20 mai 2001, vous êtes enfermée depuis un peu plus de trois semaines quand le magazine France Dimanche révèle l’existence de votre fille. La production décide de vous l’annoncer. Comment avez-vous vécu ce moment ?

Ce jour-là, les gens de la production m’ont prise à part — ils le faisaient lors d’événements vraiment graves. Ils m’ont dit que la France entière avait appris que j’étais maman. Ils m’ont demandé pourquoi je ne le leur avais pas dit avant le début du jeu. Je leur ai répondu qu’ils m’avaient demandé si j’avais un enfant à charge. Ce n’était pas mon cas : j’avais laissé ma fille à la Ddass très jeune. Ils ont eu la gentillesse de me demander si je voulais sortir pour m’occuper d’elle ou si je préférais rester dans le jeu. J’ai préféré rester à l’intérieur, à l’abri.

À l’abri de quoi ?

À l’abri de l’effervescence provoquée par cette révélation. À l’abri du jugement des autres… J’ai préféré profiter du bonheur et du calme que me procuraient ma participation à « Loft Story ». Et puis, ma petite était à l’abri depuis des années. Si je sortais, je risquais de compliquer les choses, les journalistes auraient envie de se ruer sur nous deux pour la connaître. En restant dans le jeu, je la maintenais elle aussi loin du tumulte médiatique. 

À la fin du jeu, vous a-t-on donné des conseils pour gérer les sollicitations des médias ? 

Pas du tout. Je crois que les gens de la production ont été eux-mêmes dépassés par les événements. Ils étaient comme nous, ils n’avaient aucune référence. Mais si on m’avait annoncé ce qui allait se passer, j’aurais eu peur.

Quels souvenirs gardez-vous de votre découverte des méthodes de travail des journalistes que vous rencontrez juste après votre victoire ? 

Sur le moment, je les ai trouvés intrusifs, violents, sans pitié, voyeuristes. J’étais une jeune fille de 23 ans enfermée depuis soixante-dix jours qui pensait retrouver sa vie d’avant et je devais enchaîner les entretiens avec des journalistes qui voulaient tout savoir de mon passé. Si je confiais un souvenir à l’un, un autre voulait un truc en plus. Je donnais, je donnais, mais il en fallait toujours plus. Les célébrités de l’époque avaient un album, un livre ou un film à vendre quand elles donnaient des interviews. Moi, j’avais juste ma vie et mes malheurs.

Vos malheurs qui ont nourri la sympathie du public…

Peut-être, mais j’aurais préféré que les gens ne m’aiment pas pour ça. Je n’avais pas envie qu’on m’aime parce que j’étais malheureuse. D’ailleurs je n’avais pas envie que le public m’aime. Je n’étais pas entrée dans le jeu pour ça.

Sur quel ton vous parlait-on ?

Les questions des journalistes étaient posées gentiment, tout le monde avait l’air bienveillant avec moi, mais on me demandait des détails sur ma fille, mon père violent, mon passé de danseuse de boîte de nuit : des pans entiers de ma vie dont je n’avais jamais parlé à la plupart de mes amis. Je n’avais pas du tout envie d’en parler, mais j’étais intimidée, je pensais que j’étais obligée de répondre à toutes les questions. En plus, je découvrais que ma famille et mes amis avaient vendu des photos de moi. Je me sentais seule au monde. On a sans doute abusé de ma naïveté.

Est-ce que quelqu’un a fini par vous dire que vous aviez la liberté de ne pas répondre à toutes les questions ?

Non. Jamais. On m’a juste donné des plannings supplémentaires d’interviews avec d’autres noms de journalistes. C’était horrible. Je pleurais tous les soirs.

Pourtant, depuis vingt ans, vous avez continué à accorder de très nombreux entretiens. Estimez-vous que c’est votre devoir de donner de vos nouvelles au public ?

Pas du tout. Mais c’est à chaque fois une expérience. Le temps de la discussion avec le journaliste est souvent agréable. Même quand c’est difficile, ça l’est tellement moins que ma vie d’avant... Et s’il y a des photos, j’adore. Les séances de pose, c’est ce que j’ai le plus aimé. Ma première couv’ du Elle avec Mondino, c’est un souvenir impérissable. Il jetait en l’air ses Polaroid, tout le monde courait après lui pour les attraper au vol, c’était grandiose.

Est-il arrivé que des journalistes vous proposent de l'argent pour répondre à une interview ?

Pour une interview, jamais. Au tout début, j’ai été payée pour faire des couvertures de magazines. C’était un dédommagement du temps accordé au photographe. On ne m’a pas proposé d’argent pour les couvertures plus récentes : je faisais de la promo, c’était un échange de bons procédés.

Vous est-il arrivé de manipuler des journalistes ?

Non. Je suis toujours sincère, je réponds toujours avec la plus grande honnêteté possible. Dans les émissions, je réponds du tac au tac. Je ne joue pas de rôle. Je crois que c’est ce qui fait que je dure et qu’on m’apprécie. 

Entre les médias et vous, comment décririez-vous les règles du jeu ? 

Entre nous, aujourd’hui, il y a un certain respect. Je ne me suis jamais sentie harcelée par les médias. Quand j’étais au plus bas, ils ont fait preuve d’une certaine mesure. Il faut bien qu’ils racontent ce qui se passe... Mais ils auraient pu montrer tellement pire. En contrepartie, je donne beaucoup, je leur donne ce dont ils ont besoin. Quand je vais quelque part et qu’il y a des photographes, je leur accorde du temps. Je réponds toujours présente. Quand les journalistes de Voici ou Closer m’appellent, je leur donne des nouvelles.

Comme à des amis ?

Non, comme à des connaissances qui me suivent depuis longtemps. Je ne confonds pas l’amitié et le travail.

Donc c’est du travail, de parler aux journalistes ?

Ce n’est pas un métier mais ça fait partie de ma vie. Il y a eu des moments où j’ai eu besoin d’avoir accès aux médias pour faire la promo de mes livres (Elle m'appelait... Miette, Pauvert, 2001 et Si dure est la nuit, si tendre est la vie, Plon, 2018), d’un album ou des vêtements que je dessinais. Mais si je n’ai rien de particulier à présenter, je n’ai pas besoin qu’on parle de moi. Je n’en ai pas besoin pour me sentir exister. Il m’est arrivé de ne pas faire d’interview pendant des mois d'affilée, ça ne m’a pas du tout manqué. Mon rêve, c’est de vivre dans une petite maison reculée, loin de tout. Je veux disparaître.

Est-ce à dire que vous allez commencer à refuser les sollicitations médiatiques ?

Je ne veux pas disparaître seule. Je dois d’abord rencontrer l’homme qui me fera connaître le grand amour. Pour l’instant, ma vie me convient et les médias en font partie.

Quelle est la question qu’on vous a le plus posée en vingt ans ?

« Alors, dans la piscine, vous l’avez vraiment fait ? »

Quelle question auriez-vous aimé qu’on vous pose ?

Aucune. Je n’avais rien à dire. 

Lisez-vous ce qui est publié à votre sujet ?

Oui. J’achète les magazines, je mets les articles dans des classeurs. À chaque fois, je me dis que c’est peut-être le dernier. C’est important : c’est comme un album photo ou un journal intime, ça retrace ma vie.

Comment décririez-vous le personnage de Loana dont il est question dans les médias ? 

La Loana des magazines est une jeune femme fragile et forte à la fois. C’est exactement moi. Les gens m’ont connue telle que je suis et les portraits qui sont faits de moi sont fidèles à la réalité.

Un livre récent (Sexisme Story, de Paul Sanfourche, Seuil, 2021) fait de vous un archétype de la victime de violences sexistes et du patriarcat. Qu’en pensez-vous ? 

Je ne me voyais pas comme ça mais en lisant son livre, je me suis dit qu’il avait raison. Je ne suis pas quelqu’un de féministe et je ne veux pas être un symbole, mais je suppose que je suis une bonne représentante du traitement qui peut être réservé aux femmes.

Comment décririez-vous la Loana que vous donnez à voir sur les réseaux sociaux ?

Je ne suis pas très réseaux sociaux. Je n’ai que 275 000 abonnés sur Instagram. Je poste une jolie photo de temps en temps, c’est tout. Et quand ça ne va pas, je m’efface. Mais je n’expose pas ma vie quotidienne. Je ne suis pas comme les nouvelles stars de la téléréalité. Je suis d’une autre génération. Je suis d’avant internet.

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