MGM, un rachat mouvementé

MGM, un rachat mouvementé

La restructuration de la MGM n'en finit plus. Après une alliance avec une société de production, le risque d'une acquisition par Google ou encore par ses créanciers, un conglomérat indien compte bien peser dans les négociations. Un pont entre Bollywood et Hollywood ?

Temps de lecture : 3 min

Avec un catalogue de plus de 4000 titres incluant la franchise James Bond, la Metro Goldwyn Mayer se targue de posséder le plus grand catalogue d’Hollywood, mais accablé par une dette de 3,7 milliards de dollars, le studio est aussi au bord de la faillite. Si un rachat pourrait encore éviter au célèbre studio un pareil destin, le chapitre 11 de la loi sur faillites permettrait aussi à l’entreprise de bénéficier d’une restructuration complète de ses activités. Et c’est bien entre ces deux options que les créanciers de l’entreprise hésitent encore.

 
Aujourd’hui entre les mains d’un consortium, qui regroupe en fait ses créanciers, MGM appartient pour 40% à de grands groupes industriels comme Sony et Comcast et pour 60% à des fonds d’investissement comme Texas Pacific et Providence. Et ce sont ces derniers qui voulaient jusque là vendre le studio pour mieux capitaliser. 

Une valse de prétendants

La mise en vente de MGM a fait l’effet d’un coup de tonnerre en début d'année. Surtout que MGM possédant une partie d'United Artist (UA)(1), le studio historique de Chaplin, ce n'est pas un, mais deux célèbres studios américains qui pourraient basculer aux plus offrants. Fort de cette proposition, les industries créatives depuis Sony (créancier déjà présent à 20% du capital) en passant par Time Warner, Spyglass Entertainment, l'indien Relliance ou encore le géant de l'informatique Google se sont mises à rêver des fruits que pourraient leurs rapporter pareille acquisition.
 
Cet engouement pour le rachat, a priori, hasardeux d'une société qui ne produit plus guère que 7 à 8 films par an pourrait pourtant relever d’un pari mesuré : en investissant dans une part du mythe hollywoodien, les grands groupes espèrent faire renaître non plus un studio mais une véritable marque mondiale, identifiée aux mythes du cinéma américain et en mesure d'être intégrée à des médias globaux (les leurs). Capable de capitaliser sur un catalogue varié, MGM englobe en effet des titres à succès comme Le Magicien d'Oz, Chantons sous la pluie ou Rocky mais aussi des franchises durables comme Le Seigneur des Anneaux et surtout James Bond; MGM serait donc un parfait atout pour consolider des grands groupes-médias.  
Le dernier candidat en date, l'indien Sahara Indian Pariwar l'a d'ailleurs bien compris.

Bollywood va-t-il racheter Hollywood ?

 Car, si le jeune groupe créé en 2003 n’a pas encore dévoilé sa stratégie, son offre très élevée - plus de 2 milliards de dollars - répond exactement au seuil financier minimal exigé depuis des mois par le consortium qui gère le studio. Jusque-là, les offres de Sony ou de Time Warner avaient été inférieures à 1,6 milliards de dollars, ce qui avait été jugé insuffisant. 

Aujourd'hui, en prévoyant d'intégrer MGM au portefeuille d’activités éparses de son conglomérat (actif dans le cinéma, la télévision, Internet, la santé, l’immobilier et les assurances), le milliardaire Subatra Roy veut donc faire de MGM son cheval de Troie pour l'accès aux marchés occidentaux et, ainsi, créer le pont manquant entre Bollywood et Hollywood (même si Dreamworks est déjà minoritairement indienne). Preuve que le rachat est néanmoins difficile, le groupe Sahara a fait savoir fin septembre que celui-ci était annulé avant de se corriger, peu de temps après.
En réalité, si l'on s'en réfère à une note interne adressée à ses employés, MGM hésite toujours être vendu à un prix réduit à la société de production Spyglass, comme le studio l'avait annoncé mi-août. La négociation viserait à faire entrer l'entreprise qui a produit Star Trek dans le capital de MGM, de sorte à ce qu'elle devienne tout juste majoritaire. Dans ce scénario, certains départements du studio seraient liquidés en se plaçant sous le chapitre 11 de la loi sur les faillites afin que le studio soit réduit à une taille plus conforme à son poids financier. Depuis début septembre, cet accord semblait d'ailleurs se confirmer par la reprise conjointe des productions du vingt-troisième James Bond ou encore de The Hobbit de Peter Jackson, jusque-là mises en attentes. 
 Quoiqu'il advienne, le secteur cinématographique américain se réjouit aujourd'hui que Google n'ait pas joué les troubles fêtes dans les négociations.

Le choc d'un rachat de Google n'est plus d'actualité

En effet, avec plus de 30 milliards de dollars de bénéfice cette année, le géant de l'Internet aurait pu s'offrir le prestigieux studio et bouleverser ainsi le secteur, en alimentant YouTube en contenus cinématographiques pour de longues années. Quelque peu angoissé par ce scénario, les autres studios redoutaient ainsi qu'un tel choc soit accompagné d'un lancement des films MGM sur Internet simultanément à la salle, remettant en cause toute l'organisation tacite du secteur. Du coup, plutôt que Google, les autres studios préfèrent encore que MGM soit vendu à un groupe indien.
 
Si, aux dernières nouvelles, le studio semble s’orienter vers un accords avec ses créanciers pour restructurer sa dette en échange d’actions du studio, la future MGM, comme l'ancienne, devra encore trouver les fonds pour financer ses prochaines (super)productions.
 
Que ce soit avec Sahara ou Spyglass, MGM doit relancer pleinement ses activités car, même partiellement comblée, sa fragilité financière va encore rester une épée de Damoclès au-dessus des productions du studio. D’autre part, si le rachat de la MGM et UA était confirmé par un groupe indien, cela serait un indice de plus du basculement complet du secteur des industries de contenus dans la mondialisation et de l’arrivée des pays émergents avec leurs cultures et leurs groupes médias.
 



(1)

Le studio United Artists a été racheté en 2006 par un consortium comprenant Metro-Goldwyn-Mayer et Tom Cruise ainsi que sa productrice Paula Wagner (faible pourcentage). MGM appartient pour sa part à un consorsium de fonds d’investissement et d’investissement complexe : Providence Equity Partners (29%), Texas Pacific Group Capital (21%), Sony (20%), Comcast (20%), DLJ Merchant Banking Partners (7%), Quadrangle Group (3%). UA est donc indirectement propriété de la MGM et de ses propres actionnaires, y compris, pour une part, à Sony et Comcast. Voir dans InaGlobal à la rubrique : tableau de bord à ces différentes entrées.  

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