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© Crédits photo : Olivier Douliery / AFP

Netflix, Amazon et Disney pourront proposer des films plus rapidement après leur sortie en salles

La nouvelle chronologie des médias raccourci considérablement le délai de disponibilité des films Netflix, Amazon Prime Video ou Disney+. Une adaptation logique qui finalise l’intégration des plateformes SVOD américaines à l’écosystème français. De son coté, Canal+ conserve une place centrale dans le financement et la diffusion des œuvres cinématographiques.

Temps de lecture : 4 min

Vous n’attendrez plus une éternité pour voir un film après sa sortie en salles. Les organisations professionnelles représentatives du secteur du cinéma se sont entendues, lundi 24 janvier, pour revoir la « chronologie des médias » — autrement dit, le calendrier d’exploitation des films. Le principe est simple : plus un diffuseur finance le cinéma français et européen, plus il peut diffuser rapidement des films après leur sortie en salles. Cet accord qui n’engage pour l’instant que ses signataires, s’imposera dans quelques jours, par arrêté de la ministre de la Culture, à l’ensemble de la filière cinématographique, comme le prévoit le Code du cinéma et de l’image animée.

Les premiers gagnants de cette nouvelle chronologie sont les spectateurs. Ces derniers pourront bénéficier de délais raccourcis pour voir des films à la télévision ou sur un service de vidéo à la demande (SVOD) — comme Netflix, Amazon Prime Video, ou Disney+. Car ce sont bien ces plateformes qui bénéficient de la réduction des délais la plus importante, passant de trente-six à dix-sept mois — voire 15 mois en cas d’accord avec le cinéma français (c’est le cas de Netflix). L’accord prévoit même qu’un délai inférieur est possible (six mois au minimum) en cas d’accord similaire à ceux conclus par les chaines cinéma.

Ces dernières pourront proposer des films neuf mois après leur sortie en salles, contre dix-huit mois auparavant.  Ce délai peut tomber à six mois (au lieu de huit) en cas d’accord avec la filière cinématographique française (afin de préciser les obligations de financement des éditeurs de services et de les orienter vers certaines catégories : documentaires, animation, œuvres à faible budget…). C’est le cas pour Canal+, qui a déjà signé un accord avec le cinéma français. De leur côté, OCS et Ciné+, qui disposaient d’un accord avec le cinéma français sur le fondement de l’ancienne chronologie, devront en signer un nouveau. Les chaînes cinéma Altice n’ont, quant à elles, jamais conclu le moindre accord avec le cinéma français. Cette nouvelle fenêtre de six mois ne concernait jusqu’à présent que les œuvres qui ne dépassaient pas 100 000 entrées après quatre semaines d’exploitation en salles.

La VOD gratuite (Pluto, Mango…) voit quant à elle ses délais de diffusion des films passer de 44 à 36 mois. L’accord prend en compte le fait que ces services participent dorénavant au financement du cinéma et de l’audiovisuel français et européen, comme le prévoit le décret SMAD.

D’autres choses ne changent pas. Les chaînes gratuites (TF1, France TV, M6…) restent pour leur part, sauf exceptions, sur des délais inchangés : vingt-deux mois si les chaînes participent à hauteur de 3,2 % de leur chiffre d’affaires dans le cinéma européen. Leurs obligations de financement n’ont pas été modifiées depuis la dernière chronologie des médias. Les délais de disponibilité en matière de VOD (achat à l’acte) restent également stables (quatre mois) et calqués sur les délais de disponibilité de la vidéo physique. Les délais DVD, prévus par la loi, ne sont donc pas non plus modifiés par le nouvel accord du 24 janvier.

Récapitulatif des changements apportés par la nouvelle chronologie des médias (2022)

Il est difficile de dire, à ce stade, qui sortira gagnant ou perdant de cette nouvelle chronologie, d’une durée de trois ans. Canal+ voit sa fenêtre de diffusion à six mois généralisée pour toutes les œuvres, mais ses obligations de financement du cinéma français sont en conséquence renforcées (190 millions € par an), ce qui est une bonne chose pour ce dernier.

Les plateformes par abonnement (SVOD) comptent déjà énormément d’abonnés et elles ont démontré qu’elles n’avaient pas besoin de disposer de films récents pour être attractives en France. Les séries et les longs métrages qui sortent directement sur ces plateformes sans passer par la salle semblent suffire aux abonnés français. Il n’est pas certain que la réduction considérable du délai de disponibilité des œuvres sur ces services (de trente-six à dix-sept mois — voire quinze et même six dans les conditions évoquées plus haut) les rende beaucoup plus attractifs. Quoi qu’il en soit, ces services par abonnement doivent, depuis l’adoption du décret SMAD en juin 2021, investir annuellement 20 % de leur chiffre d’affaires réalisé en France — même si leur siège social ne s’y trouve pas — dans des productions françaises et européennes. Ce sont ainsi plus de 200 millions d’euros par an qui seront attribués au cinéma et à l’audiovisuel, grands gagnants du nouveau dispositif, ce qui est une bonne nouvelle. Les délais de disponibilité des films ne pouvaient donc qu’être raccourcis pour ces services.

Un délai beaucoup plus court aligné sur celui des chaînes cinéma aurait par contre des effets significatifs (et dévastateur pour les chaînes cinéma françaises). L’idéal pour le cinéma et l’audiovisuel français serait que ces plateformes cherchent tout de même à disposer des meilleurs délais de diffusion des films, ce qui entrainerait de facto une hausse des investissements de ces acteurs.  

Le précédent accord datait de 2018, alors qu’il avait fallu attendre presque dix ans entre les deux dernières versions de la chronologie des médias. Cette rapidité s’explique principalement par l’évolution importante des pratiques de consommation audiovisuelle (explosion de la consommation à la demande et des plateformes américaines, mobilité…) mais également à l’évolution du droit (directive SMA, décret SMAD, nouveaux décrets télévision, évolution de la taxe vidéo,…).

Les plateformes SVOD, qui deviennent des financeurs importants de notre exception culturelle, devaient ainsi se voir attribuer une meilleure place dans la chronologie des médias. Cette intégration n’avait pourtant rien d’évident lorsque Netflix a débarqué en France. C’était en 2014.

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