Capture d'écran de la plateforme participative Véracités permettant aux lecteurs et lectrices de Médiacités de poser des questions aux journalistes.

Capture d'écran de la plateforme participative Véracités permettant aux lecteurs et lectrices de Médiacités de poser des questions aux journalistes.

© Crédits photo : Médiacités. Capture d'écran.

Pour les municipales, Médiacités sort sa propre plateforme participative de fact checking

À quelques mois des élections municipales, la Revue des médias se penche sur des initiatives mises en place par des médias pour couvrir le sujet. Dans ce deuxième épisode, Médiacités explique les objectifs de Véracités, sa plateforme participative de vérification dédiée aux municipales.

Temps de lecture : 5 min

« À l’approche d’une élection, on s’en pose beaucoup, des questions. Le scrutin de mars prochain n’y fait pas exception. […] Et vous là-dedans, vous n’y comprenez plus grand-chose. » Par ces mots, Médiacités, pureplayer créé en 2016, justifie l’origine de sa plateforme participative Véracités. Les lecteurs posent des questions, les journalistes y répondent : le concept de cette initiative du média d’investigation local est simple. Son utilisation aussi, avec un champ pour poser une question en ligne, un autre pour laisser son nom (ou pseudo) et son e-mail, et un menu déroulant pour sélectionner la ville à laquelle se rapporte la question. « Les journalistes de Médiacités vérifient et vous répondent », promet le site, désormais fort d’une nouvelle rubrique.

« Ce sont les contributions qui donneront sa couleur à Véracités »

Pour la rédaction, les objectifs sont clairs : être davantage à l’écoute de son lectorat, se démarquer de l’agenda politique et médiatique, et donner des clefs de compréhension aux électeurs. « Nous nous inspirons notamment de ce que Libération fait avec Check News, mais, pour la première fois, nous appliquons cette logique à l’échelle locale », explique Pierre Leibovici, journaliste et responsable de la mobilisation des lecteurs et des lectrices, qui considère que la plateforme est une « réussite ».

Pour couvrir la campagne et les élections, en plus de Véracités, les newsletters de Médiacités vont être refondues pour se consacrer davantage aux élections municipales. Un fil de brèves concernant la campagne devrait également être mis en ligne sur le site. Début novembre, la rédaction s’est engagée aussi en publiant un manifeste pour appeler à la « transition démocratique », prônant un « débat profond sur l’état de notre démocratie locale et les moyens pour la renforcer ».

Un flux inhabituel de travail qui réorganise la rédaction

Deux semaines après son lancement le 14 novembre, la plateforme avait déjà reçu plus de 50 messages et questions, sans avoir fait de promotion. « Nous nous attendons à avoir des questions appelant à du fact checking et/ou à de l’investigation. Ce sont les contributions qui donneront sa couleur à Véracités. »

Dès lors, comment traiter ce flux inhabituel sans se faire déborder ? La rédaction opère d’abord une présélection selon deux critères : la question doit porter uniquement sur les élections municipales et la réponse doit apporter des clefs de compréhension. Les questions doivent aussi concerner les quatre villes dans lesquelles Médiacités est le plus fortement ancré : Lille, Lyon, Toulouse et Nantes. Et si tout le monde peut poser des questions, seuls les abonnés pourront lire les réponses. « C’est notre modèle : la promesse de Médiacités n’est pas seulement celle d’un contenu exclusif mais aussi du soutien à un journal qui dépend à 90 % des lecteurs et lectrices », explique Pierre Leibovici.

Capture d'écran de la plateforme participative Véracités permettant aux lecteurs et lectrices de Médiacités de poser des questions aux journalistes.

© Crédits photo : Médiacités. Capture d'écran.

Dans son communiqué, la rédaction de Médiacités prévient ses lecteurs et lectrices : « Annonçons-le d’emblée : nous ne pourrons pas répondre à toutes vos interrogations. » Il s’agit d’abord d’une question de moyens et d’effectifs : l’équipe de Médiacités compte neuf salariés à temps plein (un directeur de publication, quatre rédacteurs en chef pour chacune des métropoles, un responsable web, un responsable communication et marketing, un journaliste et un responsable de la mobilisation des lecteurs et lectrices, en la personne de Pierre Leibovici donc). À ce jour, quatre articles ont été publiés, ils concernent des sujets aussi divers que le remboursement d’une remise en médaille par le maire de Rezé (une ville au sud de Nantes), le soutien des Républicains au maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, ou encore les conséquences de la réforme électorale sur le Grand Lyon.

Pour répondre aux questions de son lectorat, la rédaction s’appuie principalement sur son réseau d’une centaine de pigistes et ses quatre rédacteurs en chef. « Dès janvier, nous aurons un renfort éditorial dans chaque ville et un journaliste sera recruté pour répondre aux questions de Véracités », indique le journaliste. « Véracités est un projet éditorial à part entière et implique une réorganisation de la rédaction », ajoute-t-il.

Faible risque d’instrumentalisation

Qui dit plateforme participative dit risque de trolling ou de manipulation par des équipes de campagnes, qui auraient intérêt à pousser la rédaction à s’occuper à tel ou tel sujet, susceptible de servir leurs intérêts. « Malgré tous nos efforts, notre production éditoriale ne sera pas intensive, le risque de surreprésentation d’un parti ou d’instrumentalisation est donc faible », glisse Pierre Leibovici. Surtout, la rédaction ne considère pas comme problématique le fait qu’un militant fasse remonter une information.

« Le risque de surreprésentation d’un parti est faible »

« La plupart de nos investigations démarrent avec les révélations d’un concurrent mécontent, désireux de faire tomber son adversaire. Le principe du journalisme de révélations est aussi de s’appuyer sur une source qui estime que quelque chose est injuste pour elle. Si un militant nous pose une question qui mérite vérification et dont la réponse peut servir les lecteurs et lectrices, nous ne nous priverons pas d’y répondre », fait remarquer le journaliste. Par mesures de précaution, les questions posées ne sont pas visibles sur la plateforme. Les rendre publiques pourrait exposer la rédaction à des poursuites juridiques : « Certaines questions pointent nommément certaines personnes », confie le Pierre Leibovici. Enfin, la rédaction veille, grâce à un suivi thématique, à assurer « un traitement équitable. Si nous répondons à une question concernant un parti, nous essaierons ensuite de répondre à une question concernant un autre parti », prévient le journaliste.

Une plateforme pour et par les lecteurs

Si la plateforme a été lancée mi-novembre, son origine remonte aux mois de janvier et février, lors d’une série de rencontres organisées par Médiacités dans ses quatre métropoles, dont l’objectif était de comprendre comment, de manière générale, les abonnés aimeraient que l’information soit traitée par la rédaction.

« Beaucoup nous ont dit qu’ils voulaient que l’on se rapproche de leurs préoccupations et leurs questionnements quotidiens. C’est pourquoi nous avons décidé de mobiliser davantage nos lecteurs et lectrices », expose responsable de la mobilisation des lecteurs et des lectrices. Quelques mois plus tard, la rédaction organise un séminaire pour discuter des formats éditoriaux à concevoir pour couvrir les élections municipales. L’idée de Véracités est lancée. Quant au nom, il a été trouvé par les lecteurs et les lectrices.

Et après ? Pierre Leibovici assure que Véracités est entièrement réutilisable et réadaptable une fois passée les élections municipales, même si la rédaction attend de faire un bilan du dispositif avant de décider de le pérenniser. « Il faut aussi se poser la question de notre organisation interne : habituellement nous sommes sur du temps long, de l’investigation pure. Avec Véracités, le mode de narration change et se rapproche d’un journalisme plus pédagogique qui répond, décrypte, explique… Ce que la presse régionale fait déjà très bien ! », admet-il. La plateforme participative dispose néanmoins d’un autre avantage, « fournir des idées de sujets d’enquête ».

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