Montage des candidats lors d'invitations dans les médias

© Crédits photo : Captures d'écran/Montage La Revue des médias

Présidentielle 2022 : les rendez-vous médias qui ont le plus marqué les candidats

Si les grands-rendez politiques à la télé, à la radio ou dans la presse régionale gardent les faveurs de nombreux candidats, de nouveaux formats, souvent portés par des influenceurs, font aussi partie de leurs moments médiatiques décisifs.

Temps de lecture : 6 min

De mémoire de candidat, on n’avait jamais vu ça. En 2022, les canaux de diffusion se sont multipliés, et avec eux les sollicitations. Les candidats doivent désormais ajouter à leur agenda les invitations pour des émissions en ligne, vidéos et podcasts, devenus incontournables, notamment chez les jeunes, et des rendez-vous avec des influenceurs, qui assurent des audiences plus importantes que certaines chaînes de télévision. En plus de faire « face à Baba », de débattre avec les autres candidats sur CNews, de répondre aux questions retorses des journalistes et autres spécialistes sur les matinales radios et émissions de télévision, il a donc fallu taper dans ses mains chez Konbini, activer la roulette d’Hugo Travers, faire face à ses archives dans adn, l’émission politique de l’INA, ou évoquer les questions LGBTQI+ dans le podcast Président.iel de Spotify. On a donc voulu connaître ce que les candidats, avec le recul, considéraient comme les deux moments médias décisifs de leur campagne.

Nathalie Arthaud

Dans l’équipe de la candidate de Lutte Ouvrière, deux rendez-vous sortent du lot. D’une part, « Élysée 2022 », le 31 mars sur France 2. L’occasion pour Nathalie Arthaud d’accéder à deux ressources rares : un temps de parole égal aux autres candidats et une grosse audience (plus de 1,8 million de téléspectateurs). L’autre rendez-vous marquant, c’est l’interview matinale sur LCI avec Elizabeth Martichoux, le 3 mars. À cette occasion, Nathalie Arthaud a pu donner, en longueur, son point de vue sur le conflit en Ukraine. Pour son entourage, les questions de la journaliste ont permis d’aborder le sujet de façon complète.

Nicolas Dupont-Aignan

Contrarié de n’avoir pas été assez invité par les grands médias en dehors des quinze jours d’égalité de temps de parole, Nicolas Dupont-Aignan met en avant la presse régionale, qui a été selon lui « une bouffée d’air frais par rapport aux questions politiciennes d’éditorialistes parisiens totalement déconnectés de la vie des Français ». Le candidat de Debout la France a particulièrement apprécié son interview pour Actu.fr, le site agrégateur de contenus d’une centaine de journaux locaux : « Quatre jeunes journalistes ont posé des questions de fond sur tous les sujets de la campagne. Il y avait une volonté de prendre le temps, d’aller au fond des choses, ce qui est nécessaire pour permettre aux Français d’avoir [les] différentes visions des candidats et de pouvoir faire leur choix en toute connaissance de cause. »

Nicolas Dupont-Aignan évoque également le « Face aux lecteurs » du Groupe Ebra (Le Dauphiné libéré, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, L’Est républicain…). « En période d’équité, ils ont eu la volonté de jouer le jeu de l’égalité pour représenter les différents courants de pensée et informer les Français. Le format […]a permis d’échanger, d’apprendre et d’évoquer les sujets de la vie quotidienne », analyse le candidat Debout La France.

Anne Hidalgo

L’entourage d’Anne Hidalgo a été agréablement surpris par les médias et personnalité en ligne — l’influenceuse Magalie Berdah et le collectif étudiant Poli’Gones sont cités par l’entourage de la candidate. On met en avant : leur professionnalisme, la qualité de leurs questions, (« celles que se posent vraiment les gens », nous indique-t-on) et leur côté « frais et authentique ». « Ils ne cassent pas, ils sont là pour découvrir le candidat et le programme, explique-t-on dans l’équipe de la candidate du Parti socialiste, on n’est pas dans le commentaire de la campagne des autres, c’est concret. Peut-être que les télévisions et les radios devraient s’en inspirer. »

Yannick Jadot

De son côté, l’entourage du candidat écologiste nous fait savoir que « cette campagne a précisément été marquée par l’absence de grands rendez-vous médiatiques ». On n’en saura pas plus.

Jean Lassalle

L’interview avec Apolline de Malherbe sur BFMTV le vendredi 1er avril a particulièrement impressionné l’équipe de Jean Lassalle. Tout à sa volonté de fustiger le système médiatique, le candidat béarnais s’est vite cogné à la journaliste, droite dans ses bottes. Autre moment médiatique mémorable mentionné par l’équipe du candidat : l’interview avec Sonia Mabrouk sur Europe 1, le 4 avril, durant laquelle le député a qualifié la France de « dictature molle. »

Marine Le Pen  

Au Rassemblement national, on se félicite de manière générale d’un rapport avec les journalistes qui a changé. « L’atmosphère s’est détendue. Nous avons fait beaucoup de déjeuners de presse avec des directions de services politiques de médias. Tout s’est normalisé », note Caroline Parmentier, ancienne journaliste chargée aujourd’hui de la communication de Marine Le Pen.

La collaboratrice se souvient en particulier de l’émission « Face à Baba », présentée sur C8 par Cyril Hanouna. « C’était vraiment l’émission non ennuyeuse, celle que tous les Français attendaient », explique-t-elle. Elle va plus loin : « Cyril Hanouna a su trouver le ton qu’il fallait, courtois, avec une insolence de bon aloi, sans dépasser les bornes. Il a aussi trouvé les débateurs qu’il fallait. Ça me rappelle les grandes émissions d’autrefois », se réjouit-elle. Caroline Parmentier va jusqu’à prendre la défense du présentateur controversé : « Il a été plus pro que d’autres qui se croient pro. Il se fait attaquer par ceux qui envient ses audiences. »

Pour elle, les formats plus classiques tels que « Élysée 2022 » sont devenus « inaudibles » : « Ça durait des plombes, les gens n’ont pas regardé jusqu’au bout. » Pour s’adresser aux jeunes « qui ne regardent pas la télévision », le RN s’est tourné vers les nouveaux formats : Hugo Décrypte, l’influenceuse Magalie Berdah, ou encore Twitch avec Samuel Etienne. Selon Caroline Parmentier, ces émissions ont été « un vent de fraîcheur qui ont permis de mieux connaitre Marine Le Pen ». Et donc de la normaliser.

Emmanuel Macron

Dans l’équipe du président de la République, on met en avant la presse régionale. On parle d’abord de l’émission « Ma France », présentée par Wendy Bouchard, sur France Bleu (22 mars), et des différents entretiens réalisés face aux lecteurs de la presse quotidienne régionale. Emmanuel Macron avait répondu aux lecteurs du Parisien le 5 janvier, alors qu’il n’était pas officiellement candidat. Il a ensuite notamment répondu à ceux de Sud Ouest, de la République des Pyrénées le 18 mars, ou encore de Ouest-France le 6 avril.

Jean-Luc Mélenchon

Pour Coline Maigre, responsable presse de Jean-Luc Mélenchon, le débat contre Éric Zemmour sur BFMTV a été un « tournant de la campagne » : « C’est le premier débat de la présidentielle, il est le premier à se battre contre Éric Zemmour et donc à se placer en rempart [contre] l’extrême-droite. » Cette joute entre les deux orateurs les plus sulfureux du paysage politico-médiatique a réalisé un carton d’audience historique pour la chaîne d’info en continu. Réunissant 3,9 millions de téléspectateurs, l’émission fut son deuxième plus gros score depuis la création de la chaîne.

Autre émission marquante selon le camp mélenchoniste : « Élysée 2022 ». « C’était une émission intéressante car on a pu mettre en avant les thématiques sociales, notamment celle du pouvoir d’achat », analyse Coline Maigre. Cette dernière salue en particulier la confrontation avec Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, qui a déclaré sur le plateau que le candidat de la France insoumise était « prêt à gouverner » et que « son programme ne va pas être le chaos ». Une forme de dédiabolisation économique.

Valérie Pécresse

Le débat avec Éric Zemmour, le jeudi 10 mars sur LCI et TF1, constitue l’un des rendez-vous médiatiques importants pour l’équipe de Valérie Pécresse.  Dans l’entourage de la candidate LR, on estime que cette discussion lui a permis de dérouler son programme. Une confrontation qu’elle aurait « dominée », à en croire son équipe.  Autres moments marquants : les émissions de dialogue en direct avec le public, comme « La France dans les yeux » sur BFMTV, où elle a été, selon son équipe, « très bonne, concrète et en proximité », par opposition à certaines « émissions politiques, parfois politiciennes ».

Philippe Poutou

Du côté du NPA, rien à signaler : aucun rendez-vous médiatique n’est vraiment considéré comme marquant. Des invitations, ils en ont reçu. Mais Philippe Poutou ne les a pas toutes honorées. « Nous avons refusé systématiquement ce qui nous mettait dans des positions où l’on ne pouvait pas développer notre programme », nous indique-t-on.

Fabien Roussel 

Chez le candidat communiste, on retient l’invitation dans le journal de France 2 d’Anne-Sophie Lapix, le 14 décembre 2021, pour le segment « 20 h 22 ». Le professionnalisme de la journaliste est notamment loué : « Il y avait beaucoup de bienveillance, même si l’interview a parfois été musclée. » Même chose pour l’invitation dans le journal de 13 heures d’Anne-Claire Coudray le 22 janvier 2022, sur TF1. « Grosse pression car grosses audiences », avoue l’entourage du candidat.

Éric Zemmour

Dans le camp d’Éric Zemmour, on évoque également le débat face à Jean-Luc Mélenchon sur BFMTV. Le candidat de Reconquête a fait des débats sa marque de fabrique, atteignant régulièrement avec cet exercice des audiences record sur la chaîne CNews à l’époque où il était encore journaliste. Isabelle Muller, sa directrice de campagne, se réjouit aussi de l’émission « Ruth Elkrief 2022 », diffusée sur LCI, avec François Lenglet, spécialiste des questions économiques. Celui qui a fait de l’immigration son principal thème de campagne devait en effet impérativement se montrer crédible sur l’économie.

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