Le quiz qui donne accès à la section commentaires du site NRKbeta.

Le questionnaire d'accès aux commentaires de NRKbeta : « Vous voulez commenter ? Répondez à un quiz ! »

© Crédits photo : Capture d'écran NRKbeta.

Un quiz contre les commentaires peu productifs : retour sur l’expérience de NRKbeta

Pour beaucoup, les commentaires sur internet sont un cauchemar. Faut-il les interdire ? Ou trouver un moyen d’éviter les « mauvais » commentaires ? En février 2017, NRKbeta a proposé une solution : ne laisser commenter que celles et ceux qui ont… lu l’article.

Temps de lecture : 6 min

NRKbeta est un blog d’expérimentation de la radio publique norvégienne, NRK. Il est une sorte de « bac à sable » permettant de tester différentes technologies ou formats émergents potentiellement utiles. En février 2017, NRKbeta expérimente une nouvelle fonctionnalité visant à décourager les commentaires hors-sujets ou malveillants. Comment ? En demandant aux internautes de répondre à un quiz rapide avant de pouvoir commenter.  L’initiative suscite alors une importante curiosité. Quatre ans après, nous avons voulu savoir ce qu’était devenu cet outil et le bilan qu’en dresse la NRK.

Ståle Grund est journaliste, spécialisé dans la technologie et la culture. Il travaille à NRKbeta et conseille la NRK sur les nouvelles pratiques et technologies, et sur la meilleure façon de les aborder dans le cadre d’une production médiatique.

Pourquoi, et à quel moment avez-vous commencé à réfléchir à la fonctionnalité know2comment, qui exige de répondre correctement à une série de questions avant de pouvoir commenter un article ? Et pourquoi est-ce NRKbeta qui s’est chargé du développement de cet outil ?  

Ståle Grund : La technologie prenant une place particulièrement importante dans notre vie, nous nous intéressions de plus en plus souvent aux sujets de société, à la vie privée et la criminalité. Et nous avons observé un glissement dans notre section de commentaires. Si elle était jusque-là fructueuse et productive, sur des sujets liés aux technologies émergentes dans les médias, lorsque nous avons commencé à aborder des « histoires d'intérêt général », les visites ont été plus nombreuses, et les commentaires moins constructifs. 

À la suite de la publication d’une enquête sur un forum secret où des garçons norvégiens se procuraient des photos obscènes de jeunes filles et les nommaient, les commentaires ont commencé à poser un vrai problème — d’où l'idée de faire en sorte qu'il soit plus difficile de laisser un commentaire. 

Notre objectif était de contrer l'environnement « sans friction » que le web est devenu. Nous voulions qu'il soit un peu plus difficile de laisser un commentaire, en espérant que cela décourage les personnes qui postaient de mauvais commentaires. Nous n'avons pas fait de changements significatifs depuis la première version de l’outil.

Y a-t-il eu des difficultés, techniques ou autres, dans le développement de cette fonctionnalité ?

Mon brillant collègue Henrik Lied a codé un prototype en quelques heures, ce qui nous a permis de le tester assez rapidement. Plus tard, il a été transformé en projet open source, ce qui a amené d’excellentes contributions au code. 

Comment évaluez-vous si un article doit bénéficier de la fonction de filtrage des commentaires ? Avez-vous déjà regretté de ne pas l’avoir activée ?  

Nous utilisons principalement le plugin sur les articles pour lesquels nous prévoyons un volume important de commentaires moins constructifs et hors sujet. Il est déjà arrivé que nous nous disions « Oh mince, nous aurions dû activer know2comment sur cet article ». Nous apprenons constamment sur le tas, et aujourd'hui nous sommes meilleurs pour anticiper ce genre de choses. C'est à l’auteur de l'article de déterminer si le plugin doit être activé, mais c'est un travail d'équipe car nous en discutons fréquemment et suggérons de le mettre sur les articles des autres quand nous pensons que c’est nécessaire. 

[NDLR : le service communication de la NRK nous a expliqué que les commentaires avaient tout simplement été supprimés du site principal en raison de violations de la RGPD par la société qui fournissait le service.]

Quels étaient les inconvénients d'une telle fonctionnalité lorsque vous y avez pensé initialement ? 

Nous craignions que le nombre total de commentaires sur notre site ne soit réduit.

Quel bilan faites-vous de know2comment ? Quels sont les points clés que vous regardez pour dire si ce que vous avez fait a fonctionné ou non ? 

Il a été étonnant de voir comment l’arrivée de know2comment a fait l'effet d'une bombe dans le débat sur les commentaires en ligne. Je pense que la fonctionnalité est devenue un exemple populaire parce que beaucoup de personnes dans les médias, et même le public, en avaient assez de la façon dont l'interaction avec le public était gérée par les grandes entreprises, c’est-à-dire : mal. La course à la barrière d'entrée la plus basse pour les discussions en ligne semble garantir la création d'un environnement peu propice au débat public. J'aimerais beaucoup que d'autres recherches soient menées sur ce sujet et sur d'autres sujets liés à l'interaction avec le public. 

À la suite de cette explosion de notoriété pour know2comment, avez-vous été contactés par un média qui souhaitait en savoir plus et peut-être l'adapter à son propre site web ? 

L'attention des médias a été importante, car il y a eu une viralité autour de know2comment. Nous avons pisté au moins 300 articles et reportages au sujet de la fonctionnalité dans le monde entier, et je suppose qu'il y en a des tonnes que nous n'avons jamais détectés. De nombreux médias nous ont contactés pour discuter de la mise en œuvre de la fonctionnalité, c’est pourquoi nous avons décidé de peaufiner le code et de le publier, mais je n’ai pas vu de grandes organisations médiatiques utiliser la fonctionnalité de la même manière que nous.

Pensez-vous qu'un tel système devrait être mis en place, d'une manière ou d'une autre, sur plus de sites web... ou peut-être même sur certains réseaux sociaux ?

Oui ! Et je suis franchement surpris que les grands réseaux sociaux n'aient pas adopté cette fonctionnalité. Je sais qu'après l'attention qu'a suscitée know2comment, Facebook a donné la possibilité aux administrateurs des groupes de poser, au préalable, des questions aux personnes qui souhaitent les rejoindre. Twitter demande également aux gens de lire un article avant de le retweeter.

Dans l’un de vos posts de 2017, vous racontiez que certaines personnes se lançaient dans le quiz sans avoir lu l'article, juste pour tester la fonctionnalité. 

Nous voyons constamment des personnes qui essaient de « pirater » le plugin, et se vantent de pouvoir contourner le quiz sans répondre aux questions. Nous n'essayons pas d'exclure qui que ce soit de notre section de commentaires, mais simplement de les obliger à réfléchir avant de commenter. Si vous vous lancez dans du codage ou dans un stratagème élaboré pour contourner le quiz, c’est que nous faisons au moins réfléchir les gens avant de poster ! 

Le moment le plus amusant a été celui où nous avons connu un énorme pic de trafic à cause d'un post viral sur Reddit, et où tous ces redditors confus sont venus sur notre site pour essayer de résoudre un quiz en norvégien. Nous avons eu beaucoup d'erreurs ce jour-là. Une autre fois, nous avons eu un énorme pic d'erreurs, et très peu de commentaires. Là, il s'est avéré que j'avais oublié d'indiquer au système la bonne réponse à l'une des questions, de sorte qu'il était impossible de réussir le quiz. Plusieurs lecteurs frustrés n'ont pas hésité à nous envoyer un courriel. 

Avec le recul, y a-t-il quelque chose que vous auriez fait différemment ? 

L'idée est toujours aussi bonne qu'au début, donc il y a peu de choses que je changerais. Je pense que j'aurais poussé plus fort pour que la NRK dans son ensemble adopte cette solution, pas seulement NRKbeta. Le défi était technique : NRKbeta fonctionne sur Wordpress, tandis que le site de NRK tourne sur un système personnalisé. Il était donc plus difficile de mettre en place le module de quiz pour le reste de l’organisation. Plusieurs chercheurs voulaient travailler avec nous, mais cela ne s'est pas concrétisé. Comme je l'ai dit, j'aimerais que d'autres recherches soient menées dans ce domaine.

Êtes-vous convaincu que de meilleures discussions peuvent être organisées en ligne ? 

Il est difficile, voire impossible, de déployer à une plus grande l'échelle une bonne interaction publique en ligne. Cependant, je pense que la façon dont vous encouragez et façonnez l'environnement compte beaucoup. J'aime l'idée de ramener la façon dont les modérateurs travaillaient en ligne : plus de personnes ayant accès à des outils plus avancés sur le site. Wikipéda vient d'avoir 20 ans, et c’est peut-être l'un des meilleurs sites de l'internet, malgré le fait que n’importe qui puisse contribuer. Cela prouve que nous pouvons encore construire un meilleur internet. 

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