Illustration d'une usine d'où sortent des visages moqueurs sous forme de fumée

© Crédits photo : La Revue des médias. Illustration : Guillaume Long.

« Usines à trolls » russes : de l’association patriotique locale à l'entreprise globale

De leur origine en 2010 à leur coup d’éclat lors de la présidentielle américaine de 2016, retour sur les « usines à trolls » russes à travers le cas de l’Internet Research Agency. Une organisation toujours mystérieuse et dont l’impact des manipulations reste à déterminer.

Temps de lecture : 10 min

Commenter, moquer, parodier, harceler en masse. Basée à Saint-Pétersbourg, l’Internet Research Agency (IRA) était chargée de prendre d’assaut les plateformes de communication en ligne, réseaux sociaux, plateformes de vidéos ou sites internet de médias, en les noyant de commentaires, vidéos et mèmes, et d’organiser des rassemblements dans des États tiers, en l’occurrence aux États-Unis. Des objectifs clairs, qui lui ont valu le surnom d’« usine à trolls ».

Le 18 avril 2019, le département américain de la Justice publiait une version expurgée du rapport issu de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur une possible collusion entre la Russie et l’équipe de campagne de Donald Trump pour la présidentielle de 2016. L’enquête ne fait état d’aucun lien avéré entre l’équipe du candidat et la Russie, mais éclaire sur le rôle de cette organisation au fonctionnement opaque.

Des campagnes de trolling classiques à de véritables opérations de manipulation électorale, ses différentes actions s’inscrivent dans la logique des intérêts russes. Si le trolling est presque aussi vieux qu’Internet lui-même — en 2000, la sociologue Anne Revillard le définissait déjà comme une « manipulation qui vise à nuire à l’intégrité de la communauté [virtuelle] » —, son utilisation systématique par une structure centralisée est progressivement apparue en Russie au cours des dix dernières années, en même temps que le développement et la popularisation des réseaux sociaux. L’objectif d’une campagne de trolling est d'influencer les valeurs, croyances, perceptions, émotions, raisonnements et comportements de communautés ciblées.

Très structurée et soutenue financièrement, l’IRA assurait  un rôle d’influenceur avec son travail sur l’optimisation des techniques de référencement de ses contenus en ligne.

L’IRA est toutefois bien plus qu’un regroupement d’activistes sur les réseaux sociaux. Très structurée, elle bénéficiait d’un soutien financier de taille, l’homme d’affaires Evgueni Prigozhine, présenté comme proche de Vladimir Poutine, ayant fait fortune dans la restauration. Evgueni Prigozhine a aussi bâti sa fortune sur de nombreux contrats avec le ministère de la Défense russe et est soupçonné de financer la société militaire privée Wagner, qui a envoyé des combattants en Syrie, dans le Donbass et en République centrafricaine.

L’IRA assurait également un rôle d’influenceur avec son travail sur l’optimisation des techniques de référencement de ses contenus en ligne. Il s’agit d’un acteur atypique, à la fois opaque et transparent. Opaque, parce que l’IRA dissimulait ses activités derrière un réseau de sociétés-écrans. Transparent, car ses activités avaient lieu dans l’espace public et que les données qui permettent de les tracer sont, la plupart du temps, en libre accès.

Aux origines des « usines à trolls »

C’est au cours des grandes manifestations de l’hiver 2011-2012 que le phénomène des « usines à trolls » débute en Russie. Des dizaines de milliers de personnes sont alors sorties dans les grandes villes pour protester contre les fraudes électorales et le gouvernement. Né sur les réseaux sociaux russes (principalement VKontakte et la plateforme de blogging LiveJournal), ce mouvement s’y est vu opposé à une multitude de comptes apparus subitement, défendant ardemment la candidature de Vladimir Poutine à un troisième mandat. Les trolls sur les réseaux sociaux conspuèrent d’abord les protestataires et les publications critiquant la politique gouvernementale. L’objectif était de provoquer des polémiques par des publications incessantes, rendant tout débat impossible.

 Difficile, à l’époque, de distinguer les « usines à trolls » des entreprises patriotiques russes classiques. 

À l’origine, la plupart de ces trolls étaient issus du mouvement politique de jeunes pro-Poutine, Nashi, qui n’hésitait pas à payer des internautes pour troller les espaces virtuels de discussion. Difficile, à l’époque, de distinguer les « usines à trolls » des entreprises patriotiques russes classiques. Ces dernières rassemblent des mouvements associatifs et politiques qui, agissant dans ce qu’ils considèrent être l’intérêt du pouvoir, en reçoivent des ressources financières et symboliques, le plus souvent indirectement. Outre les Nashi, d’autres entités telles que l’association « Régiment immortel » permettent au pouvoir d’effectuer des actions d’influence hors de la sphère gouvernementale. De la même manière, les « usines à trolls » permettent de mener des actions informationnelles — opérations de diffusion d’informations orientées ou fausses dont l’objectif est de créer, de confirmer ou de soutenir un rapport de force favorable aux intérêts de la Russie — à moindre frais et sans lien apparent avec le pouvoir.

 

Des structures en voie de professionnalisation

Si la date exacte de création de l’IRA n’est pas connue (probablement au début de l’année 2013), son existence a été révélée dans un post publié le 30 août 2013 sur VKontakte par la Russe Natalia Lvova. Elle y relate un entretien qu’elle aurait passé à Saint-Pétersbourg pour un poste « d’opérateur internet ». Selon elle, les employés de l’entreprise ont pour mission de créer des contenus et de poster des commentaires à visées politiques sur des articles traitant de sujets ciblés, comme le soutien à la réélection du maire de Moscou Sergueï Sobianine ou le dénigrement de l’avocat anticorruption Alexeï Navalny, son concurrent. Ils auraient eu pour objectif de publier au moins cent commentaires et quatre articles par jour.

Contenu créé le 28 août 2013 par des employés de « l’usine à trolls » sur la plateforme LiveJournal. 

Traduction : Navalny, le Hitler de notre époque

Qu'est-ce qui nous attend si Navalny devient maire?

Comment savoir ce qui nous attend après avoir élu maire monsieur Navalny ? Cela vaut-il la peine de croire à ce délire qu’il chante constamment sur scène ou sur son blog? À peine. Il suffit de se souvenir de l’Histoire et d’en tirer, pour ainsi dire, une petite analogie.

Donc, souvenons-nous de ce qu’il s’est passé dans le pays lorsque de tels « grands dirigeants » ont pris le pouvoir. Pas besoin d'aller très loin. Internet regorge de vidéos, articles, blogs et autres documents sur le thème de la comparaison entre Navalny et Hitler.

 

Quelques jours après la publication du post, peu visionné, deux journalistes de la Novaya Gazeta et du média régional pétersbourgeois Moy Rayon publient deux articles relatant la manière dont ils auraient infiltré la même organisation évoquée par Natalia Lvova en postulant à des offres d’emploi. Ces offres auraient été publiées par une entreprise enregistrée le 26 juillet 2013 auprès des autorités russes comme « Recherche sur l’Internet » (en russe Internet Issledovanja). Les journalistes décrivent une organisation divisée en équipes chargées de différentes formes d'activités en ligne, principalement sur VKontakte et LiveJournal. Le premier bâtiment de l’organisation, dans le quartier d’Olgino à Saint-Pétersbourg, disposerait d’un gardien, d’une secrétaire et de bureaux abritant différents services. Parmi eux, les services de « gestion des blogueurs et des commentateurs », de « réaction rapide », de « Search Engine Optimization » (SEO), des « journalistes », des « commentateurs » ainsi que le « département des bloggeurs » et le « département des spécialistes des réseaux sociaux ».

Il faudra toutefois attendre 2015 pour que son existence soit révélée à l’opinion publique internationale. En février, la publication d’un article de Moy Rayon relate le témoignage d’un ancien employé. Il comporte une vidéo de l’intérieur des nouveaux locaux de l’IRA rue Savushkina, ainsi que plusieurs documents tels qu’une liste d’identifiants de faux comptes LiveJournal ou des consignes sur les thèmes à aborder chaque jour par les employés avec des éléments de langage définis. Il est un des premiers à relayer le fait que l’organisation dispose d’un service dédié aux États-Unis, baptisé « Translator Project ». Ce témoignage conduit à la publication le 28 avril d’une enquête du New York Times basée sur le témoignage d’une certaine Liudmyla Savchuk, ex-employée russe de « l’usine à trolls », qui va définitivement faire connaître l’organisation dans le monde entier sous le nom d’Internet Research Agency.

Offre d’emploi publiée le 15 mai 2015 pour un poste d’opérateur Internet en langue russe pour le compte de la société GlavSet, société affiliée à l’IRA.

Traduction : Saint-Pétersbourg, GlavSet LLC, 15.05.2015. Opérateur Internet  // À partir de 40 000 roubles.

Exigences : expérience professionnelle non requise ; pensée originale ; des idées claires ; capacité à travailler sur plusieurs tâches ; capacité de parler et d’écrire sans fautes en russe ;

Responsabilités : rechercher et collecter des informations pour la rédaction de textes ; préparation de nouvelles et de matériel analytique ; réécriture de textes préparés ; recherche et analyse d'informations pour la rédaction de textes ; rédaction de matériel de qualité pour les sites existants et développés ;

Conditions : travailler dans une entreprise dynamique en développement ; personnel jeune et sympathique ; opportunités de carrière et d’évolution professionnelle ; bureau confortable ; horaires modifiables : 2/2 (jour).

 

La tentative de manipulation des élections américaines

À la suite du piratage des serveurs du Comité national du Parti démocrate américain au cours de l’été 2016, éclate un scandale autour de la possible ingérence de la Russie dans les élections présidentielles américaines. La Russie est accusée d’avoir cherché à influencer les citoyens américains en faveur de Donald Trump, notamment via une intense campagne sur les réseaux sociaux menée par différents types d’acteurs. Celle-là même qui conduira à l’ouverture de l’enquête de Robert Mueller le 17 mai 2017. De là, « l’usine à trolls » se retrouve au centre des viseurs médiatique et judiciaire : plusieurs témoignages publiés dans les médias américains et russes donnent de plus en plus de détails sur les activités de l’IRA aux États-Unis.

Ainsi, quelque 126 millions d’Américains auraient été exposés à des contenus pro-russes (publications ou contenus sponsorisés) en 2016, d’après les déclarations du fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg lors de son audition devant le Comité d’enquête du Sénat le 30 octobre 2017. Le réseau social estime à 80 000 le nombre de publications émises entre janvier 2015 et août 2017 par 120 pages Facebook possiblement gérées par des employés de l’IRA. Une partie des contenus ciblait les communautés LGBT et afro-américaine, à laquelle s’ajoute une multitude de sites internet « déguisés » gérés par l’agence, comme blackmattersus.com ou blacktivist.info. L’IRA aurait même réussi à organiser des rassemblements pro-Trump à New-York, Miami et Philadelphie, en créant des évènements sur Facebook via ses pages créées en se faisant passer pour des soutiens officiels du candidat.

Twitter a informé 1,4 million d'utilisateurs qu’ils auraient été « exposés » à des contenus créés par des trolls russes au cours de la campagne présidentielle américaine.

Les contenus de l’IRA auraient également été vus par 20 millions d’utilisateurs d’Instagram, exposés à quelques 120 000 publications. La présence de l’IRA s’étend aussi à Twitter. Le 30 octobre, le réseau social de microblogging a publié un document de 65 pages recensant 2 572 comptes – aujourd’hui désactivés – présentés comme liés à l’IRA. Cette publication est suivie en janvier 2018 par un article de blog où Twitter annonce avoir informé 1,4 million d'utilisateurs qu’ils auraient été « exposés » à des contenus créés par des trolls russes au cours de la campagne présidentielle américaine. Le 14 février, l’entreprise met en ligne une liste de 200 000 tweets, aujourd’hui supprimés, publiés par des comptes identifiés comme gérés par des trolls russes.

Une structure opaque au cœur de l’enquête américaine

Un tournant majeur est opéré en février 2018 avec l’inculpation par le procureur Mueller de l’IRA et de douze autres personnes juridiques. À partir des informations disponibles dans l’acte d’accusation et de recherches sur le registre étatique russe des personnes morales, il est possible de dresser une cartographie des acteurs composant cette structure opaque. Non exhaustive, la cartographie ci-dessous permet de cerner le fonctionnement complexe et la volonté de brouiller les pistes propres à l’IRA.

Cliquer ici pour voir une version agrandie de l'image. Crédits : Colin Gérard et Kevin Limonier, 2019.

L’organisation aurait été créée par le combinat Concord, propriété d’Evgueni Prigozhine, dans le cadre d’un plan baptisé « Projet Lakhta ». Concord est une holding à la tête de deux sociétés inculpées par Robert Mueller : Concord Catering et Concord Management.

Par le biais de ses deux succursales, Concord aurait donc financé l’IRA, jusqu’à lui accorder un budget mensuel de plus de 1,25 million de dollars au cours de la campagne présidentielle américaine. Pour masquer ses traces, Concord utiliserait les comptes bancaires de quatorze sociétés-écrans, qui les redistribuent ensuite à au moins sept entités juridiques distinctes : MediaSintez, GlavSet, MixInfo, Azimut, NovInfo, Internet Issledovanij et Agentsvo Internet Issledovanij (en anglais Internet Research Agency), qui aurait été la première société créée pour le projet Lakhta et active entre juillet 2013 et décembre 2016. À partir de juin 2014, l’organisation brouille un peu plus les pistes en répartissant ses activités à travers cinq autres entités. La plupart de ces sociétés ont aujourd’hui été liquidées au cours du printemps 2019, quelques jours à peine après la publication du rapport Mueller.

Cet acte constitue une étape importante de l’enquête : il s’agit du premier document publié par l’administration américaine donnant des informations précises sur « l’usine à trolls ».

L’acte d’inculpation n’accuse pas le gouvernement russe d'être impliqué dans l’affaire, pas plus qu'il ne prétend que l’IRA ait réussi à influencer le vote de 2016. La Russie n’ayant aucun accord d’extradition avec les États-Unis, il est improbable que les personnes inculpées soient remises à la justice américaine. Mais cet acte constitue néanmoins une étape importante de l’enquête : il s’agit du premier document publié par l’administration américaine donnant des informations précises sur « l’usine à trolls ». La Russie a vivement critiqué l’acte d’inculpation, et tourné en dérision les accusations du procureur Mueller : la porte-parole du ministère des Affaires étrangères russes, Maria Zakharova, a ainsi qualifié « d’absurde » le fait que « treize personnes se [soient] ingérées dans les élections américaines, […] contre le budget en milliards de dollars […] de l’espionnage et du contre-espionnage » américains.

Début avril 2018, Facebook a déclaré avoir bloqué 70 comptes et 138 pages sur son réseau social et 65 comptes sur Instagram en raison de leur probable appartenance à l’IRA. Parmi les pages supprimées, 95 % diffusaient leurs contenus en russe et visaient un public issu des pays de l’espace post-soviétique, notamment via des campagnes publicitaires d’un montant de 167 000 dollars en trois ans. On retrouve parmi ces comptes celui de l’Agence de presse fédérale (FAN), un média basé à Saint-Pétersbourg lancé par l’agence de presse publique RIA Novosti et déjà épinglé par Google fin 2017 pour son traitement jugé partial du conflit syrien. D’après le communiqué de Facebook, ces pages étaient suivies par environ 488 000 personnes en Russie, 170 000 en Ukraine et 40 000 en Géorgie. 493 000 utilisateurs auraient suivi au moins un des 65 comptes Instagram supprimés par Facebook.

L’impact des manipulations, une question non résolue

Si de nombreuses preuves d’une tentative de manipulation électorale menée par l’IRA aux États-Unis ont été publiées, plusieurs questions restent aujourd’hui en suspens. D’abord, l’enquête du procureur Mueller se garde de relier l’action de l’organisation à une quelconque entité officielle russe, contrairement au surnom « d’usine à trolls du Kremlin », souvent attribué à l’IRA. L’ambiguïté des liens entre Evgueni Prigozhine et l’État russe est d’ailleurs habilement entretenue, tant par l’homme d’affaires que par plusieurs responsables, dont Vladimir Poutine.

Impossible de déterminer si l’IRA a réellement contribué à faire élire Donald Trump, contrairement à un postulat largement repris aux États-Unis.

La question de l’influence concrète de l’action de l’IRA reste également non résolue. En dépit des nombreuses statistiques publiées sur le nombre de contenus créés, leur reprise et le nombre d’utilisateurs potentiellement exposés, il est aujourd’hui impossible d’évaluer l’effet concret d’une stratégie d’influence en ligne. Au-delà du pouvoir des algorithmes, celle-ci relève de facteurs humains que l’on ne sait analyser avec précision. Ainsi, il est impossible de déterminer si l’IRA a réellement contribué à faire élire Donald Trump, contrairement à un postulat largement repris aux États-Unis.

Enfin, aucun élément ne permet aujourd’hui d’affirmer que les activités de l’IRA aient ciblé la France. Si le trolling est une pratique courante sur les réseaux sociaux dans le pays, la menace de trolls russes brandie à de nombreuses reprises, notamment depuis le début du mouvement des « gilets jaunes », n’a jamais été agrémentée de preuves concrètes. Néanmoins, les révélations de l’enquête de Robert Mueller doivent aujourd’hui être suivies d’une réelle réflexion globale sur le rôle des réseaux sociaux dans les processus électoraux et sur leur possible manipulation par des États tiers.

Ne passez pas à côté de nos analyses

Pour ne rien rater de l’analyse des médias par nos experts,
abonnez-vous gratuitement aux alertes La Revue des médias.

Retrouvez-nous sur vos réseaux sociaux favoris

Autres épisodes de la série

Comment RT et Sputnik tissent la toile de Moscou à l’étranger

Plusieurs dizaines de médias en ligne, chaînes de télévision d’information en continu, stations radio et comptes sur les réseaux sociaux. RT et Sputnik peuvent rappeler d’autres dispositifs d’audiovisuel extérieur public, mais s’en distinguent par la nature offensive de leur ligne éditoriale, souvent critiquée.

En Russie, la consommation des médias symbole des contradictions

Pour beaucoup d’observateurs, les médias russes sont une institution d’État entièrement dépendante de celui-ci et servant ses intérêts. Mais si l’emprise de Moscou est enracinée dans ce pays conservateur, elle ne suffit pas à résumer la façon dont les Russes perçoivent leurs médias. Il faut également regarder comment ils s’informent.

Russie : la parole officielle s’adapte aux nouveaux formats

En Russie, la démarcation entre médias « loyaux » et indépendants est évolutive. La parole officielle se glisse avec succès dans de nouveaux formats sur Internet. Et si la parole indépendante n’a pas disparu, elle est confinée à des espaces marginaux. Ces reconfigurations ne sont pas synonymes de démocratisation de l’espace public.