5 téléspectateurs de télévisions locales

© Crédits photo : Illustration : Lucie Delasrocas.

Qui regarde les télés locales ? 5 téléspectateurs témoignent

On dénombre en France une cinquantaine de chaînes de télévision locales, qui attirent des téléspectateurs aux profils très variés. Ils y trouvent une proximité et des contenus thématiques qu’ils ne retrouvent pas dans les médias généralistes.

Temps de lecture : 5 min

Selon Médiamétrie, 1,1 million de personnes consultaient quotidiennement l'une des 52 chaînes de télévision locales en 2016. Si beaucoup les regardent au gré d’un zapping, ce n’est pas le cas de tout le monde, loin de là. Nous en avons discuté avec cinq téléspectatrices et téléspectateurs, qui consomment des programmes liés à leur passion ou à leur activité professionnelle.

« Ces chaînes ont une meilleure connaissance de leur public » : Arnaud, 29 ans, responsable qualité et sécurité amiante

Arnaud vit et a grandi dans la région de Lille. Pour lui, regarder la chaîne lilloise Weo, qu’il suit depuis sa création en 2009, est simplement « une façon de suivre l’actualité du territoire ». Parmi les émissions qu’il regarde, Arnaud cite « 24h Hauts-de-France », l’émission d’actualité de la chaîne, « mais aussi les reportages comme "Tu, toi, nous" [une émission sur les initiatives pour la jeunesse, NDLR] ou les documentaires ». Il a pris l’habitude de les suivre « quelques fois par mois ».

Au-delà de Weo, Arnaud a été happé par tout l’écosystème des médias du groupe Roussel La Voix : il écoute fréquemment la radio Contact FM, et lit le quotidien régional La Voix du Nord, en particulier sur internet. « Il y a des synergies de groupe intéressantes », estime Arnaud. Ainsi, lorsqu'il ne peut pas écouter la matinale de Contact FM sur son autoradio, il peut la suivre chez lui, à la télévision, sur Weo, entre 6 h et 9 h 30.

Arnaud se sent bien plus représenté dans ces médias, qui ont d’après lui « une meilleure connaissance de leur public, contrairement aux médias généralistes ». Un esprit cultivé par la chaîne : « Weo à vos côtés », un groupe Facebook public de 3 500 membres, a été créé pendant le confinement de mars 2020. Les utilisateurs y partagent des informations locales diverses, réagissent aux émissions et échangent avec des journalistes de la chaîne. Pour Arnaud, qui a pu y échanger avec des animateurs qu’il connaissait depuis longtemps, « c’est un vrai lieu de discussion entre les téléspectateurs ». Un esprit qui s’est transposé au petit écran : ainsi, lors du premier confinement, la chaîne permettait de faire passer des messages à l’antenne dans son émission « Gros bisous ». « Cela renvoie vraiment une sensation de proximité avec les gens de la région », résume Arnaud.

« On aime bien voir des gens qu’on connaît à la télévision » : Bernadette, 72 ans, retraitée

Lancée en 1984, ASTV (Association synthoise de télévision), la plus ancienne télévision associative locale, émet depuis Grande-Synthe, près de Dunkerque. Bernadette la regarde depuis sa création: dès les années 80, Grande-Synthe a été câblée. « Pour un Grand-Synthois, c’est logique de la regarder ! ». Ancienne responsable associative, Bernadette est déjà passée à l’antenne. « Je sais que j’ai été filmée, mes enfants aussi. On se prend au jeu, raconte-t-elle, on aime bien voir des gens que l’on connait à la télévision. » Bernadette indique également consulter régulièrement les archives de la chaîne, disponibles en ligne, et qui regroupent plus de trente-cinq années de souvenirs télévisuels grand-synthois.

Pour celle qui consulte déjà Le Monde, l’Obs et La Voix du Nord, « ASTV est un complément sur ce qu’il se passe vraiment près de chez moi ». Ainsi, sur ASTV, Bernadette regarde de tout, mais surtout de « l’ultra-local », une fois par semaine environ. Elle est aussi particulièrement friande des captations et rediffusions des spectacles, concerts, évènements associatifs et culturels. Il lui arrive de suivre les programmes sur les réseaux sociaux, comme le conseil municipal, « qui est proposé en multidiffusion à la télévision et sur Facebook, ce qui était pratique pour continuer à le suivre pendant la crise sanitaire », explique-t-elle.

« On ne parle pas assez des régions à la télévision nationale » : Caroline, 64 ans, conseillère d’entreprises

Caroline travaille comme conseillère d’entreprises à Bordeaux. C’est en partie dans le cadre de son travail qu’elle regarde TV7, la chaîne locale girondine. Elle a découvert la chaîne à ses débuts, en 2001. Aujourd’hui, la sexagénaire « s’intéresse à la vie des entreprises de la région en regardant des émissions comme « Business club » ou « L’hebdo éco » quelques fois par mois.

Caroline se dit déçue des décrochages régionaux des grandes chaînes. « Depuis la transformation des régions en 2015, l’Aquitaine est devenue trop grande, l’information parait plus disséminée, regrette-t-elle. Ça ne m’intéresse pas de savoir ce qu’il se passe dans la Creuse ou le Limousin. »

Si elle se décrit comme une « grande zappeuse », Caroline se sent « quand même mieux représentée par les chaînes localesOn ne parle pas assez des régions à la télévision nationale pour l'information de fond, juge-t-elle, mais seulement quand il est question de faits divers. » La conseillère d’entreprises émet tout de même une critique à l’encontre de la chaîne. Elle regrette la disparition d’émissions sur la culture et le cinéma, remplacées par « des séries américaines » que Caroline « juge franchement sans intérêt, de plus en plus nombreuses ».

La Savoie depuis la Bretagne : Émilie, 22 ans, étudiante

Émilie vient du Finistère, mais ce ne sont pas les chaînes bretonnes comme Tébéo ou Tébésud qu’elle regarde (« Je n’en ai jamais eu le réflexe »). La jeune étudiante de 22 ans suit plutôt les programmes de 8 Mont Blanc… pas exactement la porte à côté. Ses programmes de choix : « Panorama », « Destination montagne » ou les interviews de personnalités dans « Tête à tête ». Ce sont « l’envie de découvrir la région, de tester de nouvelles choses, et la passion pour le ski, le trail, la montagne et les explorateurs du coin comme Mike Horn » qui expliquent ses choix. Étudiante en journalisme, elle apprécie aussi la façon dont sont filmés et réalisés les reportages de la chaîne, constatant « qu’il y a beaucoup de sujets de 8 Mont Blanc [qu’elle ne voit] pas sur les chaînes nationales ».

Après l’avoir découverte à l’automne 2020, elle a même eu l’occasion de travailler avec la chaîne dans le cadre de ses études — une expérience qui a accru son « attachement au territoire ». Cette expérience lui a aussi montré les difficultés que pouvait rencontrer la chaîne. « Les contraintes de production ne permettent pas tout le temps de faire de l’enquête approfondie, glisse-t-elle. Et s’il y a une diversité de sujets assez large, beaucoup d’informations sont reprises de la préfecture ou d’autres institutions. »

« On est vite absorbés par l’hyper-local » : William, 34 ans, graphiste

« J’ai grandi entre Paris et le Pays basque », raconte William. Il n’est pas Basque, mais s'est souvent rendu dans le Sud-Ouest, avant de faire ses études à Bordeaux. C’est là qu’il a découvert, il y a une quinzaine d’années, TV7, mais aussi les médias basques comme KanalDude et Eitb. « J’ai commencé à regarder pendant la pub des autres chaînes, et puis je n’ai pas décroché », se souvient-il. William regarde les infos, mais aussi les reportages, et même les matchs de pelote basque qui ne passent pas sur les autres chaînes, « des programmes courts que l’on peut enchaîner. On est vite absorbé par l’hyper local. »

Graphiste, William vit à Paris, mais il continue de regarder ces chaînes qu’il capte sur sa box. « C’est la seule manière d’avoir accès à de l’information ultra-localisée. » « Grand curieux », William suit les actualités locales à travers la presse quotidienne régionale et les chaînes France 3 lorsqu’il est en déplacement. Mais rien ne vaut pour lui les médias qu’il a pu lire au Pays basque, comme Mediabask, ou les chaînes locales. D’après lui, « les angles sont hyper-locaux et généralement engagés, là où Sud-Ouest est encore trop global ».

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