Capture d'écran de la vidéo de candidature d'Eric Zemmour, le 30 septembre 2021.

Capture d'écran de la vidéo de candidature d'Eric Zemmour, le 30 septembre 2021.

© Crédits photo : YouTube/AFP

« Ce n’est pas un hasard si Éric Zemmour a préféré déclarer sa candidature sur YouTube »

La plateforme de vidéos en ligne, essentielle pour toucher un public jeune, est investie de longue date par l’extrême droite, nous explique le journaliste Paul Conge.

Temps de lecture : 3 min

Paul Conge est journaliste à Marianne, spécialiste des milieux d’extrême droite et des « nouvelles radicalités ». Il vient par ailleurs de signer, dans la revue Deux mille vingt-deux (Robert Laffont), une enquête sur les influenceurs d’extrême droite.

Pourquoi Éric Zemmour a-t-il choisi, mercredi 30 novembre, de faire sa déclaration de candidature sur YouTube, avec une si longue vidéo (10 minutes) ?

Paul Conge : Ce n’est pas un hasard si Éric Zemmour a déclaré sa candidature sur YouTube plutôt que de passer par une conférence de presse : la plateforme est devenue la forteresse du discours antisystème et d’extrême droite. On y a vu bourgeonner ces dernières années toute une flopée d’influenceurs d’extrême droite [Papacito, Baptiste Marchais, Le Raptor… NDLR], car c’est là où ils peuvent s’exprimer le plus facilement, sans contrainte. Ils ont aussi compris que YouTube est la télé du XXIe siècle. Il n’y a plus personne chez les jeunes qui regarde un JT à heure fixe : ils passent au contraire beaucoup de temps sur YouTube, allant de vidéo en vidéo.

L’avantage pour Génération Z [le mouvement de la jeunesse qui soutient Éric Zemmour et qui gère sa communication numérique, NDLR], c’est qu’avec les vidéos postées sur YouTube, ils peuvent découper des pastilles vidéo plus courtes, partageables sur les réseaux sociaux, et en faire des contenus viraux. On peut noter d’ailleurs le soin apporté aux vignettes des contenus, le choix d’un graphisme racoleur, la qualité de l’image et du montage. Pour Génération Z, être présent sur YouTube est essentiel.

Quel est le lien entre Éric Zemmour et les influenceurs que vous évoquez ?

Il y a des liens à plusieurs niveaux. La plupart d’entre eux ont exprimé publiquement leur soutien à Éric Zemmour. Papacito, l’un des plus connus, est même son ami. Les militants de Génération Z, quant à eux, connaissent parfaitement tous ces influenceurs d’extrême droite. Ils s’imprègnent de leur expérience dans l’influence et s’inspirent de leurs pratiques. Ils ont été biberonnés à la « culture du LOL », aux gifs, aux memes, qu’ils réutilisent pour la campagne d’Éric Zemmour.

Le Front national est le premier parti à avoir disposé de son site Internet [en avril 1996, NDLR]. Éric Zemmour innove-t-il dans sa communication numérique ? 

Comme Henry de Lesquen [ancien candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle de 2017, NDLR] avant lui, Éric Zemmour a préféré déléguer sa communication numérique à une petite armée de jeunes gens très à l’aise avec les codes des réseaux sociaux et notamment des réseaux sociaux d’extrême droite. Depuis les années 2000, on observe un patient travail de construction d’une contre-culture d’extrême droite sur internet. Il bénéficie de ce système déjà existant, auquel il s’est adossé. Et au sein de cette culture, il a réussi à devenir un meme, un gif, une icône. L’objectif de Génération Z a été de créer des visuels attractifs et drôles pour être partagés en masse sur les réseaux sociaux. Ils ont abouti à une « starification » d’Éric Zemmour, qui fonctionne bien.

Les nombreux commentaires élogieux en dessous de la vidéo de candidature et les réactions sur Twitter ne se sont pas fait attendre. Dans quelle mesure sont-ils spontanés ?

Il ne faut pas négliger la part de spontanéité dans ces réactions. En revanche, au sein de Génération Z, il y a une certaine propension à vouloir booster à tout prix les contenus publiés par Éric Zemmour : ils incitent systématiquement les gens qui les suivent à commenter [à l’heure de la parution de cet entretien, plus de 42 000 commentaires ont été postés sous la vidéo, NDLR] , liker, retweeter. Ils ont une « armée d’appui » 100 % réseaux sociaux, des gens recrutés en ligne sur des serveurs comme Discord ou parfois sur le terrain. C’est une manière artificielle de booster la campagne [ou « astroturfing », NDLR].

L’extrême droite est-elle surreprésentée sur les réseaux sociaux par rapport à d’autres courants politiques ?

Il y a réellement une contre-culture d’extrême droite sur les réseaux sociaux qui n’existe pas ailleurs. En comparaison, le nombre d’influenceurs d’extrême gauche est négligeable. Tous les autres mouvements politiques ont plusieurs trains de retard.

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