les journalistes et leurs sources

© Crédits photo : Illustration : Mathieu Haas.

Comment faire parler une source ? Quatre journalistes dévoilent leurs méthodes

Les journalistes n'évoquent jamais leurs sources. Quatre d’entre eux font ici une exception pour éclairer la relation mystérieuse qui les unit à leurs informateurs.

Temps de lecture : 2 min

Il y a les sources qui viennent à vous spontanément et celles qu’il faut travailler au corps pendant des semaines pour qu’elles acceptent de vous rencontrer. Il y a celles qui vous ensevelissent sous les documents et celles qui tremblent avant de prononcer un seul mot. Il y a celles qui font des mystères et celles qui jouent cartes sur table. Il y a celles qui se méfient du téléphone et celles qui ne vous parlent qu’au téléphone. Il y a celles que vous avez plaisir à côtoyer et celles que vous jugez détestables — mais les secondes ne sont pas moins précieuses que les premières. Il y a celles qui vous informent une ou deux fois et celles qui vous accompagnent pendant des années. 

La relation qui unit un journaliste et une source est une affaire délicate. Entre l’un et l’autre, une étrange transaction s’opère : des informations contre de l’attention, un sentiment d’utilité, une illusion de pouvoir… Mais la protection inconditionnelle de l’anonymat n’est pas un blanc-seing et aucune des deux parties ne doit se sentir redevable. Souvent, des rituels s’instaurent, une forme de complicité s’installe ; mais si des sentiments naissent, si une amitié éclot, ou si l’on projette sur l’autre des attentes impossibles à satisfaire, le fragile équilibre aussitôt s’évanouit. En la matière, l’expérience aidant, chaque enquêteur élabore sa propre ligne de conduite et, plus ou moins consciemment, développe une forme d’expertise.

Dans l’espoir de documenter ce savoir-faire particulier, j’ai demandé à quatre journalistes de nous raconter l’histoire d’une relation avec une source. Comment elle se noue, comment elle se cultive, comment elle prend fin. Comment elle met à l’épreuve, aussi. Ces quatre journalistes ne pouvaient pas tout dire, bien sûr. Dans leur témoignage, ils sont allés jusqu’au degré de dévoilement qui leur semblait acceptable pour donner à voir leur pratique professionnelle sans compromettre l’anonymat de qui que ce soit.

Les quatre sources dont il est question dans ces récits ont des profils variés : un haut fonctionnaire très introduit auprès des autorités sanitaires ; une femme dont on sait peu de choses, sinon que son mari a été assassiné ; un homme qui ouvre des cadavres à l'Institut médico-légal ; le dirigeant d'un important club de foot. Le premier découvre qu'il aime jouer au petit détective et le quatrième aurait aimé être journaliste : chacun a une raison personnelle de donner un premier renseignement, et d'autres raisons d'en donner un deuxième, un troisième, un dixième. La tentative de manipulation n'est jamais très loin. Mais seuls deux ingrédients reviennent dans toutes ces histoires : la confiance et la patience.

Découvrez les quatre histoires de cette série : Opération rédemption, Ratatouille tragiqueBalle perdue et Confessions nocturnes.

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