BMG Music Publishing

BMG Music Publishing

Numéro trois de l'édition musicale mondiale au début des années 2000, avec plus d'un million de copyrights sous sa coupe, BMG Music Publishing a fait la gloire de la stratégie musicale du groupe allemand Bertelsmann.

Temps de lecture : 7 min

Introduction

Sur l'échiquier de l'édition musicale, BMG Music Publishing est une entité morte. La structure, qui a longtemps porté les intérêts du groupe allemand Bertelsmann dans l'industrie de la musique, s'est retirée elle-même du jeu, en 2007, en acceptant d'être intégrée au sein du géant Universal. Si, officiellement, BMG Music Publishing n'existe plus, ce nom continue de marquer, à l'occasion, les actualités de l'économie de la musique : lorsque Universal Music signe ses plus gros contrats et annonce ses plus « beaux » albums à venir, la presse rappelle volontiers qu'il s'agit, assez souvent, de pépites tirées de l'ancien catalogue BMG. Des vingt ans d'existence de BMG Music Publishing, il reste un nom lourd de signification pour l'histoire de l'industrie musicale. En concluant son rachat, Universal a réussi à se placer devant EMI dès 2008 et à s'asseoir comme numéro un de l'édition musicale mondiale. De l'expérience Bertelsmann Music Group, dont BMG Music Publishing aura été la pièce maîtresse, Bertelsmann a uniquement conservé l'expertise de la gestion de droits d'auteur, confiée aujourd'hui à une maison dédiée à cette unique activité : BMG Rights Management, qui mène une politique d'acquisition de catalogues de qualité, et vient contredire l'idée selon laquelle Bertelsmann se serait retiré des opérations stratégiques en matière de musique.

La construction d'un pilier de l'édition musicale mondiale

C'est en 1987 que BMG (Bertelsmann Music Group), la division musicale du groupe Bertelsmann, met en place une structure qui sera consacrée à l'édition musicale : BMG Music Publishing voit le jour, un an seulement après que BMG ait racheté le fructueux label américain RCA Records à la General Electric. Avec sa bonne opération sur RCA, BMG entre dans l'édition musicale en ayant, sous sa coupe, des artistes-phares de l'époque, dont les noms sont David Bowie, Eurythmics et Diana Ross, mais aussi un catalogue riche en valeurs sûres, qui comprend les titres country de Chet Atkins et Harry Belafonte ou les productions pop de The Monkeys et The Mamas & The Papas.

Après seulement quelques mois d'existence, BMG Music Publishing a la réputation de compter parmi les meilleures machines de l'édition musicale au niveau mondial. Cette crédibilité, la maison l'appuie d'abord en ajoutant à son catalogue d'autres grosses pointures, au succès international, comme The Beach Boys, Santana, John Lee Hooker, B.B. King, Peggy Lee, Frank Sinatra ou, dans un tout autre registre, Puccini, Ravel, Verdi ou Bartok. Car l'une des forces de BMG Music Publishing, c'est aussi de jouer sur un terrain large, en cherchant le meilleur de ce que compte la musique classique, le gospel, le rock, la country et la pop. De 1990 au début des années 2000, la maison réussit à s'attacher un nombre très important d'artistes qui font le sommet des classements et sont parmi les plus vendeurs sur le marché du disque, parmi lesquels Nelly, Britney Spears, The Calling, Christina Aguilera, Dido, Avril Lavigne, Justin Timberlake, Robbie Williams, Shakira, The Black Eyed Peas, Erykah Baduh, Beck et Eric Clapton. Les auteurs-compositeurs rattachés à BMG Music Publishing ont, pour certains, l'habitude de créer pour des grosses pointures : No Doubt, 50 Cent, Mariah Carey... Les autres travaillent – ou ont travaillé – sous le nom de Bob Dylan ou Elvis Presley. A cela s'ajoute la gestion des porte-feuilles musicaux de mastodontes tels Leiber & Stoller, un des duos de compositeurs pop les plus prolifiques de l'après Seconde Guerre mondiale, ou, ni plus ni moins, Walt Disney.

Forte de ces noms que l'industrie musicale qualifie de cashmakers (des « faiseurs d'argent », en quelque sorte), avec 36 bureaux dans pas moins de 25 pays, 200 labels répartis dans 42 pays, et plus d'un million de copyrights détenus sur des titres porteurs, BMG Music Publishing est, dès le début des années 2000, la troisième structure d'édition musicale au niveau mondial, en termes de chiffre d'affaires annuel et de poids du catalogue.

Universal Music Group, nouveau numéro un de l'édition musicale grâce au rachat de BMG Music Publishing

Le 16 juin 2006, BMG officialise des rumeurs que la presse relaie depuis plusieurs mois : BMG Music Publishing est à vendre. La raison de cet abandon de la poule aux oeufs d'or ? Le groupe Bertelsmann souhaite lever un peu d'argent pour racheter la part de son capital (21,5 %) détenue par le Groupe Bruxelles Lambert, la holding belge détenue par Albert Frère. Le montant de la transaction a été estimé à 4,5 milliards d'euros. Dans les communications officielles, les équipes de direction du groupe allemand justifient plus volontiers leur décision par la baisse de 16 % du chiffre d'affaires de sa division musique en 2005. Pour expliquer cette perte, estimée à 2,13 milliards d'euros, Bertelsmann brandit l'argument de l'essor du téléchargement illégal de musique.

Au vu du catalogue en jeu, la vente de BMG Music Publishing s'annonce comme une opération décisive pour la distribution des pouvoirs dans l'industrie de la musique, à l'échelle internationale. Le 6 septembre, Bertelsmann cède l'intégralité de BMG Music Publishing à Universal Music Group, pour la somme de 1,63 milliard d'euros. Le Français Vivendi, à travers sa filiale Universal, devient ainsi le numéro un mondial de l'édition musicale, en détenant 25 % environ du marché de ce secteur, dépassant EMI (17 %) et Warner Chapell (16 %). Universal Music était déjà leader sur les marchés de la production et de la distribution de disques.

Parmi les candidats au rachat de BMG Music Publishing, les noms de Warner et Viacom ont circulé, mais l'offre proposée par Universal a dépassé de loin les dispositions financières de ses concurrents. A un moment où le marché du disque se trouve dans une situation très difficile et que l'analyse de ce pan de l'industrie musicale focalise toutes les attentions, Universal a opéré un placement intelligent en renforçant son activité d'édition, moins soumise aux fluctuations de vente et très lucrative sur le long terme. Les nombreux observateurs extérieurs qui, à l'époque, ont jugé le prix de rachat (1,63 milliard d'euros) très élevé, comparé à une activité qui, sur l'année 2005, avait rapporté « seulement » 371 millions d'euros de chiffre d'affaires et 81 millions d'excédent brut d'exploitation, n'ont pas pris en considération cette perspective de recettes sur le long terme qui est propre à la gestion de catalogues. Outre l'ajout de nouvelles perles à son catalogue pop (Universal a déjà pour elle Madonna et U2), la filiale de Vivendi, grâce au rachat de BMG Music Publishing, peut surtout se renforcer, et ce de manière considérable, dans le domaine de la musique classique, qui fait moins jouer les logiques de médiatisation mais apporte des revenus réguliers et importants tous les ans. Dans un communiqué officiel, Doug Moris, patron d'Universal Music, soulignait le fait que « cette acquisition historique [allait] permettre [à Universal] de diversifier et de développer [son] portefeuille d'édition musicale, notamment dans des domaines clés tels que la musique d'ambiance et la musique classique et sacrée ». Et c'est bien sur ce point que l'événement prend sa tournure la plus dramatique pour le britannique EMI, qui détenait la place de numéro un sur ce secteur depuis de très nombreuses années.

Le « cadeau », cher payé, de Bertelsmann à Universal est suivi d'un versement, dans le sens inverse, de 60 millions de dollars : Bertelsmann obtient ainsi, de la part d'Universal, le retrait d'une plainte déposée en 2003, dans l'affaire Napster. La filiale de Vivendi accusait son concurrent allemand d'avoir soutenu indûment la plate-forme de téléchargement en ligne. Pour les équipes dirigeantes de Bertelsmann comme d'Universal, cet accord n'aurait fait l'objet d'aucune interférence avec la transaction opérée sur BMG Music Publishing. La vente de cette dernière a été validée en mai 2007 par les autorités de la concurrence de Bruxelles, conclusion qui était loin d'être certaine, puisque la Cour européenne de Justice avait annulé la fusion de Sony et de BMG à l'été 2006 (lire la Décision de la Commission du 22 mai 2007 déclarant une concentration compatible avec le marché commun et le fonctionnement de l'accord EEE, Affaire n°COMP/M.4404 – Universal/BMG Publishing).

Suite à l'intégration de BMG Music Publishing, Universal a réussi à maintenir une position nette de leader sur tous les pans de l'industrie musicale. En août 2010, la presse britannique signalait que le groupe Coldplay, qui avait signé son premier album chez BMG Music Publishing, était sur le point de conclure avec sa nouvelle maison, Universal, l'un des contrats les plus importants de l'histoire de la musique, pour une somme qui pourrait se chiffrer à plusieurs millions de dollars pour chaque membre du groupe. A cette occasion, nombreux sont les journalistes à avoir rappelé avec insistance qu'Universal profitait sur ce point de l'héritage en or (Coldplay a vendu, à l'heure actuelle, plus de 50 millions d'albums à travers le monde) du groupe allemand Bertelsmann.

BMG Rights Management ou la stratégie de catalogue redynamisée

Après avoir vendu BMG Music Publishing, le groupe Bertelsmann a décidé de céder l'autre grande composante de sa division musicale, Sony BMG. En 2008, la Sony Corporation of America est en mesure d'acquérir la moitié des parts que détenait le groupe allemand, elle-même étant déjà en possession de l'autre moitié. La cession est conclue pour 1,5 milliard de dollars et Sony BMG est intégrée dans Sony Music Entertainment. Par ce geste, Bertelsmann se retire officiellement de l'industrie de la musique. Pourtant, à la fin de cette même année, le groupe allemand crée la société BMG Rights Management, entièrement consacrée à la gestion des droits des auteurs et interprètes du domaine musical. Dès ses premières heures, la structure signe des contrats conséquents et, au premier trimestre 2010, elle détient les droits de plus de 75 000 titres. Les choix de BMG Rights Management, en matière de catalogue, reflètent clairement l'ancienne marque BMG Music Publishing. Par ailleurs, Bertelsmann avait obtenu de pouvoir conserver un fond de catalogue important de Sony BMG au moment de sa vente. Sur l'ensemble des choix, la priorité est donnée au marché de la musique européen. Pour Hartwig Masuch, dirigeant de BMG Rights Management, l'exploitation élargie des titres de musique à l'heure du de la multiplication des supports de diffusion et de la toute-puissance des opérations marketing (qui puisent largement leurs bandes-sons dans le répertoire musical) permet à l'activité de gestion des droits d'auteur de gagner une dimension lucrative sans précédent, avec des promesses de progression positive sur les années à venir. L'annonce de la mort de Bertelsmann sur le champ musical, au moment de la vente de BMG Music Publishing, est en quelque sorte reléguée au dossier des « mauvaises informations ». Pas seulement parce que les têtes dirigeantes de la nouvelle structure se montrent confiantes quant au développement de leurs nouvelles affaires, mais avant tout parce que les faits prouvent que Bertelsmann, via BMG Rights Management, concrétise de nouvelles politiques offensives sur les questions de musique, en achetant des catalogues de grande qualité. Après avoir acquis le catalogue de Crosstown Song America en juillet 2009, BMG Rights Management prend possession de Cherry Lane Music Publishing, l'un des plus gros éditeurs indépendants, installé à New York pendant ses cinquante années d'existence. Ce sont des noms comme ceux de Quincy Jones et Kylie Minogue qui sont ainsi ajoutés à la base de BMG Rights Management, qui cherche par ailleurs à s'attacher de nouveaux artistes. En France, la société s'est emparée, en 2010, des catalogues éditoriaux de Gérald de Palmas et Louis Chédid. Depuis mai 2010, Bertelsmann est suspecté de préparer un autre coup de maître : racheter une partie des actifs d'EMI Publishing. Le fonds d'investissement KKR (Kohlberg Kravis Roberts & Co), propriétaire à 51 % de BMG Rights Management, aurait proposé de racheter la division édition musicale d'EMI Music, détenue à 100 % par Terra Firma. L'information a été délivrée, en avant-première, par le New York Post (lire l'article du 27 mai 2010, Kravis in play for EMI). En cas d'affaire conclue, BMG Rights Management pourrait se voir attribuer la gestion d'une partie des actifs achetés par KKR, de quoi dynamiser plus encore son catalogue. En attendant toute évolution sur ce point, BMG Rights Management s'est vu attribuer 200 millions d'euros de la part de chacun de ses propriétaires (Bertelsmann et KKR), ce qui devrait lui permettre de cultiver aisément de nouvelles perles dans son catalogue.

Informations générales

BMG Rights Management GmbH
Berlin (Siège)
Spree Palais
Anna-Louisa-Karsch-Str. 2
10178 Berlin
Allemagne

Tel : +49 (30) 300 133 0
Fax : +49 (30) 300 133 328
info@bmg.com

Hartwig Masuch
CEO

Andreas Grafmeyer
Senior Vice-President / Media relations
andreas.grafemeyer@bertelsmann.de

Bureau de Munich
Neumarkter Str. 28
81673 Munich
Allemagne

Bibliographie sélective

ATKINSON, Claire, & KOSMAN, Josh, New York Post du 27 mai 2010 (nypost.com), Kravis in play for EMI, Eye publishing unit

CORI, Nicolas, Libération du 7 septembre 2006, Avec l'édition musicale, Vivendi concentre le disque

DROUIN, Patrice, Les Echos du 6 juillet 2006, Bertelsmann envisage de vendre ses parts dans le joint-venture Sony BMG

Investir, Numéro 1705, Septembre 2006, Vivendi : une stratégie plus offensive

Les Echos du 27 juin 2006, EMI candidat au rachat de BMG Music Publishing pour 1,5 à 2 milliards de dollars

Site officiel de BMG Rights Management

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