Meline Freda présente l'édition spéciale élection américaine du journal d'Arte.

Une édition spéciale élection américaine d'Arte Journal, le 3 novembre 2020. C'est un des JT les plus tournés vers les États-Unis.

© Crédits photo : Capture d'écran Arte.

La dernière élection présidentielle américaine a moins intéressé les JT qu’en 2016

La médiatisation de la dernière campagne électorale américaine a eu du mal à décoller en raison de la pandémie de Covid-19. Elle n'a pas dépassé celle, record, des élections de 2008, qui avaient abouti à la victoire de Barack Obama. 

Temps de lecture : 10 min

Comment a-t-on parlé des États-Unis de l’ère Donald Trump dans les JT ? Au moment où son successeur Joe Biden est investi de ses nouvelles fonctions à la Maison-Blanche, l’INA revient sur quatre années de médiatisation du pays dans les JT du soir de TF1, France 2, France 3, Canal+, Arte et M6.

La dernière élection présidentielle américaine a été l’occasion d’observer l’évolution de la présence des États-Unis dans les JT. À l’issue d’une année dominée par la pandémie de Covid-19, la couverture de la campagne électorale de 2020 n’a pas dépassé celle, record, des élections de 2008, qui avaient abouti à la victoire de Barack Obama. Seuls le scrutin et ses prolongations, début novembre 2020, ont suscité un pic notable de sujets.  À noter dans cette campagne : l’émergence médiatique inédite des colistiers, et surtout de Kamala Harris.

Pendant son mandat, en revanche, Donald Tump avait connu une médiatisation sans précédent. Depuis 2017, on a également vu revenir au premier plan des JT des thématiques précédemment délaissées, et notamment la politique internationale américaine, largement commentée. À l’inverse, la couverture des sujets sociaux, très présente sous Barack Obama (en deuxième place), a été reléguée au quatrième rang des thématiques — même si l’année 2020 pourrait correspondre à un rebond (voir note méthodologique), en raison des mouvements sociaux (comme « Black lives matter ») et des affrontements violents qui les ont accompagnés. Les catastrophes continuent quant à elles de marquer l’actualité, les États-Unis restant fréquemment soumis à des phénomènes climatiques dévastateurs (ouragans, incendies en Californie).

2020 : une élection présidentielle dans un contexte inédit

576 sujets ont été consacrés à la campagne électorale et à l’élection présidentielle de 2020 (entre le 19 février 2019 et le 13 novembre 2020) : c’est moins que lors de la campagne 2015-2016 (684 sujets). Comme en 2016, France 2 est la chaîne qui a le plus médiatisé l’élection américaine.




Au premier semestre 2020, les JT ont été accaparés par la Covid-19, qui a laissé peu de place à la campagne américaine. Un frémissement s’était fait sentir autour du 21 juin 2020, avec l’entrée officielle de Donald Trump en campagne et son meeting à Tulsa, puis entre le 17 et le 27 août (conventions démocrate et républicaine),  le 29 septembre 2020 (premier débat public Biden-Trump), et entre le 2 et le 5 octobre 2020 (hospitalisation de Donald Trump après qu’il a été testé positif à la Covid-19).

Mais l’essentiel de la médiatisation se concentre sur le scrutin du 3 novembre 2020 et l’annonce par les principaux médias américains de la victoire de Joe Biden, le 7 novembre.

Des candidats moins visibles

Le Parti démocrate  est cité dans 396 sujets durant toute la période étudiée, mais les primaires ont totalisé seulement 36 sujets entre février et août 2020. Le Parti républicain est cité dans 329 sujets — la plupart des sujets citant les deux partis.

La médiatisation des candidats est également en baisse par rapport à 2016, où Donald Trump apparaissait dans 519 sujets et Hillary Clinton dans 350 (entre le 3 janvier 2015 et le 9 novembre 2016). On remarque cependant la présence beaucoup plus visible des colistiers Kamala Harris et Mike Pence : en 2016, Tim Kaine, colistier d’Hillary Clinton, totalisait quatre sujets, et Mike pence, colistier de Donald Trump, trois sujets. Les « petits » candidats à la primaire démocrate n’ont, eux, quasiment pas été médiatisés.


Les États-Unis au quotidien : une médiatisation stable


Les années d’élections présidentielles correspondent traditionnellement à un pic de médiatisation des États-Unis dans les JT français. C’était déjà le cas en 2016 (avec 1 891 sujets) et en 2012 (2 168 sujets), même si le record de 2008-2009 (2 498 et 2 462 sujets), lié à la première élection de Barack Obama, n’a plus été atteint depuis.

L’année 2019 marque par ailleurs un recul notable de la médiatisation de ce pays, en nombre de sujets (1 171). Canal+ ne diffuse plus de JT en première partie de soirée, et par ailleurs, l’actualité française de l’année est surtout marquée par les contestations sociales (« gilets jaunes », réforme des retraites). La baisse est un peu moins sensible en proportion : les sujets sur les États-Unis ont représenté 6,6 % de l’offre globale d’information en 2016, contre 8 % en 2008 et 2009 et 6,4 % en 2012.

Canal+ et Arte, les JT les plus « américains » (2016-2019)

Ces quatre dernières années, c’est France 2 qui a proposé le plus de sujets sur les États-Unis (1 645), suivie par M6 (1 533), Arte (1 266), TF1 (1 082) et France 3 (656). En pourcentage de l’information globale proposée au JT, Arte est largement en tête (9,9%) — comme sur tous les sujets internationaux, suivie de M6 (6,9 %), France 2 (6,5 %), TF1 (4,5 %) et France 3 (3,4 %).

La disparition du JT de Canal+, en juin 2018, n’est pas anodine : de 2016 à 2018, la médiatisation des États-Unis représentait 8,7 % de l’info globale de ce JT du soir. Malgré une légère baisse par rapport à la période précédente, le JT de Canal+ est longtemps resté le plus intéressé par l’actualité américaine, devant celui d’Arte.


Le grand retour de la politique internationale

Ce sont les questions de politique intérieure qui arrivent en tête et représentent 25 % des sujets sur les États-Unis, de manière encore plus nette que lors de la précédente mandature (13 % pour la période 2012 – 2015).  L’année électorale 2016 pèse le plus, avec 678 sujets, puis les JT relaient les décisions de Donald Trump et de son administration : décret anti-immigration (2017) et construction du mur à la frontière mexicaine, shutdown et procédure de destitution en 2019… Les polémiques, dérapages médiatiques, nominations et démissions qui ont émaillé la présidence Trump ont aussi soutenu l’intérêt des rédactions.

La politique étrangère américaine et les relations internationales, qui avaient été reléguées au septième rang des thématiques sous Obama, reviennent en deuxième position (15% des sujets) — relayant une certaine fébrilité des observateurs internationaux. Les années 2017 et 2018 sont particulièrement chargées avec la crise diplomatique avec le Mexique, la guerre commerciale avec l’Union européenne et la Chine, les tensions avec la Corée du Nord et la Russie, le retrait de l’accord sur le nucléaire iranien et l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem.

En revanche, la médiatisation de l’engagement des États-Unis dans les conflits et celle des actes terroristes perpétrés sur le sol américain passe de la cinquième place sur la période 2012-2015 à la sixième place (7 % de l’ensemble des sujets sur les États-Unis, dont 75 sujets en juin pour la fusillade dans une discothèque d’Orlando).

La rubrique Catastrophes (11 % de l’ensemble sur la période) arrive en troisième position (elle était en quatrième position dans l’étude 2012-2015), toujours dominée par des phénomènes climatiques extrêmes comme les ouragans, les vagues de froid, et par les incendies de forêt, notamment en Californie.

Les rubriques Société et Faits divers sont en pourcentage à égalité, et reculent en quatrième place (7 % de l’ensemble chacune). En 2012-2015, elles occupaient respectivement la deuxième (12 %) et troisième place (11 %).

Les fusillades meurtrières occupent  45% des faits divers. Dans la rubrique société, le racisme (actes racistes et mobilisations antiracistes) fait l’objet de 78 sujets seulement de 2016 à 2019. C’est moins que lors de la période précédente, où l’on retrouvait la thématique à 20 % dans la rubrique société. C’est en 2020, notamment après le meurtre de George Floyd en mai, que le thème du racisme et des violences policières a repris de l’ampleur (166 sujets).

Donald Trump, personnalité la plus médiatisée


Si  l’on compare le top 5 de 2016-2019 avec celui des années 2012 à 2015, il apparaît que Donald Trump a été davantage médiatisé que Barack Obama lors de son second mandat (797 passages contre 567 en quatre ans).

Derrière le président, qui domine toujours le classement, on trouve des personnalités politiques et des diplomates, dont plusieurs femmes : Samantha Power et Nikki Haley, ambassadrices aux Nations-Unies, Rex Tillerson et Mike Pompeo, secrétaires d’État, Sarah Huckabee Sanders, porte-parole de la Maison-Blanche, Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, Elizabeth Warren, sénatrice et candidate aux primaires démocrates en 2020… Au-delà du Top 5, les personnalités du cinéma, du spectacle et des médias représentent 44 % des prises de parole[M1] , une proportion stable depuis 2007.

* Cet article est une version complétée du Baromètre des JT n°59 publié par l’INA.

Méthodologie

L’étude, appuyée sur des données de l’INA, porte sur les sujets de JT des 6 chaînes historiques (TF1, France 2, France 3, Canal+, Arte et M6) ayant évoqués les États-Unis, de 2016 à 2019 inclus. La méthodologie de classification thématique de ces sujets de JT est accessible ici. Sur 2020, seuls les sujets traitant de la campagne électorale ont été comptabilisés pour un focus sur ce thème, et non l’ensemble des sujets évoquant les États-Unis (en attente des données complètes pour cette année).

Les « prise de parole », correspondent aux apparitions des personnalités quelle que soit leur forme (extrait de déclaration, présence en plateau, interview dans le cadre d’un reportage…) ; une seule « apparition » est comptée par émission, même si l’intervenant apparaît plusieurs fois.

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