Micros de radios et télévisions avant une conférence de presse d'Emmanuel Macron.

Les chaînes de télévision et de radio préparent leurs micros avant qu'Emmanuel Macron ne s'adresse à la presse, le 28 mars 2022 à Dijon. 

© Crédits photo : Ludovic Marin/AFP

ÉTUDE INA. Voici l’effet de la guerre en Ukraine sur la couverture médiatique de l’élection présidentielle

L’INA dévoile, ce mardi 5 avril, une étude inédite qui raconte comment la médiatisation des candidats à l’élection présidentielle 2022 a été profondément bousculée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie, le jeudi 24 février.

Temps de lecture : 5 min

Souvenez-vous… Ce dimanche 20 février, nous sommes à sept semaines jour pour jour du premier tour de l’élection présidentielle. Éric Zemmour, le candidat « Reconquête », ne dispose alors que de 291 parrainages. Invité de l’émission politique phare d’Europe 1 et CNews, « Le Grand Rendez-vous », il dramatise volontiers. Pourra-t-il recueillir les 500 signatures indispensables pour se présenter ? « Je n'en ai aucune certitude, c'est très dur », jure-t-il, racontant mouiller la chemise en personne pour décrocher les précieux paraphes. « Je passe un temps fou à leur téléphoner. Et d'ailleurs, la plupart me disent : "Mais oui, vous êtes formidable, vous devriez pouvoir participer", mais ils ont peur ! » — ce qui n’empêchera pas l’ancien journaliste de déposer, dans les dix jours qui suivront cet interview, près de 430 parrainages supplémentaires auprès du Conseil constitutionnel, lui permettant de dépasser très largement la barre des 500 parrainages requis. Ce dimanche 20 février toujours, invité de RTL, Olivier Véran, le ministre de la santé d'Emmanuel Macron, balaye de son côté toutes les accusations d’iniquité des règles de parrainages. Lui juge que « la faute initiale, la responsabilité, c'est la déconnexion totale de Marine Le Pen, Éric Zemmour, Jean-Luc Mélenchon, des élus locaux ! » Ce même jour, enfin, plusieurs candidats demandent des mesures d’interdiction de la chasse, après la mort d'une randonneuse de 25 ans, tuée par une balle perdue lors d'une battue dans le Cantal.

Cinq fois moins de mentions pour les candidats après le déclenchement de la guerre

Bref. Ce dimanche 20 février, c’était encore la campagne présidentielle d’avant — avant la guerre en Ukraine, qui débutera quatre jours plus tard. Et, en moyenne mobile sur sept jours (1) , c'est le jour où le pic dans la médiatisation de l'élection présidentielle est atteint — 437 mentions cumulées au sein d’un corpus constitué de plusieurs grandes tranches d’information matinales à la radio. Le début de la guerre en Ukraine, le jeudi 24 février, va balayer cette médiatisation, qui ne sera, jusqu'à aujourd'hui, plus atteinte. Dix jours plus tard, le jeudi 3 mars, alors que le centre de gravité de l'information s'est déplacé vers l'Ukraine, on dénombre seulement 137 mentions des candidats… soit près de cinq fois moins ! 

L'étude conduite par l'INA sur les mois de janvier, février et mars 2022 utilise également, de manière inédite, un autre indicateur pour rendre compte de la médiatisation de la campagne présidentielle : le temps de présence des visages des candidats sur les chaînes d'information. Il peut s'agir de retransmissions de discours, mais également d'éléments d'illustration qui accompagnent des débats… 

Le graphique ci-dessous, réalisé à partir des données de l'INA par WeDoData, rend compte de ces deux mesures.

Au-delà de cette mesure sur l'ensemble des candidats, nous avons également étudié l'effet sur la médiatisation de chacun d'entre eux, pour déterminer quels candidats étaient encore présents dans les tranches d'info après le déclenchement de la guerre en Ukraine. Sans surprise, c'est Emmanuel Macron, du fait de ses fonctions comme président de la République, qui continue à être mentionné… avec un pic de mentions toutefois lors de sa déclaration officielle de candidature, le jeudi 3 et le vendredi 4 mars, puis le jeudi 17 mars, lors de la conférence de presse dans laquelle il a présenté, quatre heures durant, son programme présidentiel. 

Éric Zemmour, candidat le plus mentionné après Emmanuel Macron

Autre enseignement clef des données produites par l'INA sur le nombre de mentions des candidats ? La présence continue du nom d'Éric Zemmour depuis le 1er janvier dans les matinales radio. C'est, après Emmanuel Macron, LE candidat qui semble faire l'agenda (bien qu'une mention du nom d'un candidat ne signifie pas que cette mention soit positive). Au cours des trois mois étudiés par l'INA, le nom d'Éric Zemmour est cité, en moyenne, 73 fois par jour sur le corpus étudié, largement devant Marine Le Pen et Valérie Pécresse, citées à 60 reprises, et Jean-Luc Mélenchon, cité à 37 reprises. Emmanuel Macron, cité en moyenne 178 fois par jour, est, de son côté, hors catégorie.

La représentation ci-dessous permet de visualiser la très forte présence du nom d'Éric Zemmour dans les médias, et, encore plus largement, la présence extrêmement limitée des candidats de gauche. 

Le 6 février, avec 133 mentions, Éric Zemmour fait même quasiment jeu égal avec Emmanuel Macron, cité à 135 reprises. Nous sommes alors au lendemain d'un meeting du candidat à Lille, qui a donné lieu à une large couverture dans les matinales radio du lendemain. 

Élément intéressant : à compter du 8 mars, et le passage du régime de « l'équité » (en vigueur depuis le 1er janvier) à celui de « l'équité renforcée », conformément aux règles définies par le CSA (devenu Arcom), le temps de médiatisation d'Éric Zemmour s'effondre.  Même s'il reste le deuxième candidat le plus cité sur l'ensemble de la période, il n'est plus mentionné que 49 fois par jour, et se place ainsi en cinquième position — 191 citations en moyenne du nom d'Emmanuel Macron, 55 de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen, 51 de Valérie Pécresse.

La période « d'équité renforcée » du 8 mars a eu un effet pour les candidats les moins mentionnés

Un autre effet du passage à « l'équité renforcée » semble apparaître également dans cette étude : le lissage progressif, pour les « petits » candidats. Des candidats jusqu'alors peu voire très peu mentionnés, ou alors très irrégulièrement, à l'image de Philippe Poutou, Nathalie Arthaud ou Jean Lassalle, deviennent plus régulièrement cités, ainsi que le montre la représentation ci-dessous.

Méthodologie 

Présence des visages sur les chaînes d’info en continu

Périmètre : période du 1er janvier au 27 mars 2022. Analyse des chaînes d’info en continu suivantes 24h/24 : BFMTV, CNews, franceinfo: , LCI.

Principes

Sur l’ensemble du flux vidéo :
- extraction d’une image par seconde
- détection de la présence de visages au sein de chaque image
- identification des visages par similarité avec une base de visages de chaque candidat (technologie : https://github.com/ageitgey/face_recognition

Construction des segments temporels (en secondes) présentant le visage de chaque candidat sur l’ensemble du périmètre. 

Mentions verbales des candidats à la radio

Périmètre : période du 1er janvier au 27 mars 2022. Analyse des matinales (7 heures-9 heures) des stations de radio suivantes : Europe 1, France Info, France Inter, Radio Classique, RMC, RTL. 

Principes

Sur l’ensemble du flux audio :
- transcription automatique de la parole en texte (outil Vox Sigma de Vocapia)
- identification dans le texte des entités nommées correspondant à des personnes (outil TextRazor)
- repérage et comptage du nombre de mentions de chaque candidat

Edit du 05/04/2022 à 15h33 : précision du périmètre des mentions dans le corps de l'article. 

    (1)

    Moyenne sur sept jours glissants. Elle permet de dégager des tendances plus claires.

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